« Choisis-moi une vidéo que t’aimes, minou. » 

Mon chum me tend son cellulaire d’une main, son autre main jouant distraitement avec le bout de son prépuce, comme une balloune de fête qu’on s’apprête à gonfler. On est tous les deux nus et étendus sur le dos dans son lit, nos visages faiblement éclairés par la lumière de son iPhone ouvert sur la page de Pornhub. C’est que, voyez-vous, mister a le jizz qui cogne à la porte et a envie de vider les soupapes de ses noisettes avant le coucher du corps. Il faut remédier à la situation sans quoi il ne sera pas capable de faire son gros dodelido de huit heures. 

L’affaire, c’est que yours truly vient de se claquer deux litres de tisane à la camomille et est aussi excité qu’un vieux Slinky dans l’fond d’un bac à jouets Fisher-Price. J’accepte donc de ne pas être l’objet qui soulagera le désir de mon chéri et je lui choisis une vidéo porno coup de cœur avec une scène de rimming légendaire qui me fait venir en moins de deux battements d’ailes de mouche. Si ces vingt-deux minutes de batifolage étaient en vente libre chez Archambault, y aurait assurément le gros sticker «On aime» collé dessus. 

J’appuie sur play et je redonne son cellulaire à mon lubrique de conjoint. La tête couchée sur l’oreiller, les deux yeux dans graisse de bine, je flatte le bedon de mon p’tit cochon de lait pluggé devant son film de fesses. Pour l’encourager dans sa crossette de fin de soirée, je souffle de petits «mhhhh, mhhh» ici et là pour lui signifier que je suis avec lui là-dedans. You’re not alone, bébé loup. T’es beau, t’es bon, t’es capable de venir avant les douze coups de minuit. Go, go, go, parce qu’après ça môman se transforme en gros potiron.

La chaleur dans le corps de mon chum commence à augmenter. Et j’avoue que même moi, malgré Morphée qui me tire les paupières à deux mains, je commence à avoir une médium-croquante entre les deux cuisses.

Sur l’écran du cellulaire, une brute bien baraquée souffle un crachat clair comme l’eau des Grands Lacs dans l’anus d’un jeune twink qui lui tend sa croupe. La salive lui coule le long des cuisses et c’est tellement de la haute voltige pornographique que j’ai pas le choix de me redresser dans le lit conjugal et d’agripper mes lunettes de vue sur la table de chevet. J’suis littéralement à deux doigts d’aller me réchauffer un sac de popcorn pis de m’ouvrir un sac de M&M pour profiter au max du spectacle. 

Une fois le petit trou du jeune homme bien lubrifié, le top lui insère son immense schlong et commence à le travailler doucement.

Difficile de croire que ce morceau veineux de neuf pouces et plus arrive à entrer dans le petit orifice serré du blondinet. C’est encore plus tight que beaucoup de parking en parallèle aperçus dans le Vieux-Port.

À exactement 13 minutes 45 secondes, le mastodonte décide qu’il en a assez du doggy style et renverse le jeunot sur le dos pour le prendre en missionnaire. Bien flippé comme une crêpe bretonne, le bottom continue d’accueillir l’entièreté du membre de son partenaire en poussant un petit gémissement de Castafiore lorsque le top décide de sortir son membre et de l’enfoncer à nouveau. I feel you brother. 

À ce moment précis, de l’autre côté de l’écran, le corps de mon dulcinée se raidit et il éjacule puissamment sur son torse en crispant les orteils. Arrmmgghhhhhhffffuckouiiii! Je reçois un peu de sa semence sur le bout du menton, éclaboussé comme les scèneux qui chillent sur le petit pont devant le Splash à la Ronde. J’ai du sperme sur les lobes d’oreilles, et la rétine désormais complètement réveillée par la généreuse dose de lumière bleue qu’elle vient d’ingérer. 

On éclate de rire et je l’embrasse du bout des lèvres en susurrant un bien cochon « Va falloir essayer ça la prochaine fois.» Pendant qu’il taponne d’un Kleenex le sperme gommé dans son poil de chest, je suis traversé d’une tristesse inexplicable. Une fourmilière entière de questionnements et d’incertitudes me traverse comme un gros choc électrique. Le bonheur ensoleillé des dernières secondes est remplacé par un gros stratocumulus de plein de choses ambiguë, et je pousse un « Woyons, on est-tu B.S. d’avoir fait ça? » 

C’est la première fois que mon chum regarde de la porn à côté de moi alors que je ne suis qu’un acteur passif dans le processus. C’est à la fois étrange et excitant… Ça peut être stressant de laisser entrer quelqu’un dans l’intimité de nos préférences pornographiques. Plein de questions me traversent l’esprit. 

Est-ce que je visionne des vidéos normaux? Est-ce que mes keywords vont le turner off ou lui faire découvrir un côté de moi qu’il n’aimera pas? Est-ce qu’il tire plus de plaisir à visionner de la porn qu’à baiser avec moi? Est-ce que mon couple est aux soins palliatifs si l’un des deux partenaires continue d’écouter de la porn seul de son côté? Bref, mon p’tit hamster est en train de faire spinner sa roue assez vite pour ouvrir un vortex dans l’espace-temps.

Finalement, en me calmant deux secondes, je finis par snaper out of it. En regardant mon p’tit cœur en sucre se masturber devant de la porn, j’ai accédé à son jardin secret comme un petit espion concupiscent caché dans une grosse haie de cèdre. Un certain jeu de voyeurisme s’est installé et… j’ai pas détesté ça. C’était particulier de le voir gémir aux mêmes segments que moi dans la vidéo, de découvrir son regard qui parcourt l’écran de manière gourmande, d’observer la façon particulière qu’il a d’insister sur son gland lorsqu’il se masturbe. J’étais comme passé de l’autre côté du miroir. 

Ma vieille chatoune et moi on décide d’avoir une bonne vieille jasette, les jambes entremêlées, nos pinisss mous reposant sur nos pubis, pis je réalise juste que ce qui vient de se passer me confirme que je peux tout faire avec lui.

Même si notre appétit sexuel n’est parfois pas synchronisé, je peux quand même faire partie de la conversation et on peutquand même en profiter pour développer notre intimité.  Évidemment, si j’avais pas été dans l’mood d’avoir une masse de 70 kilos qui se branle à côté de moi, j’aurais eu le droit de lui signaler qu’il peut aller faire ça dans le salon ou dans la garde-robe de l’entrée, avec les balais et les chaudières. 

Après notre petite conversation mi-sérieuse, mi-fondante, je me suis endormi en moins de deux. Morphée est descendu de ses pâturages de nuages et de plumes, il a soulevé les couvertures chaudes et nous a bien emmitouflés. Le bras droit de mon chéri m’enserrant le torse, un petit sourire de gerbille reposait sur mes lèvres et un joli flocon de dèche séchée, sur le bout de ma barbichette.