Sex toys et ITSS : comment jouer en toute sécurité

Illustration par Aless MC

Depuis quelques années, les discussions entourant la sexualité ressortent de plus en plus souvent sur nos feeds. À travers la masturbation et les éclaboussures de squirting, il ne faudrait pas oublier ce qui peut faire vibrer nos entrejambes : les jouets sexuels. 

Ces petits (ou gros) outils sont un peu comme la cerise sur le sundae lorsqu’on parle de sexualité. Une petite douceur cochonne. Que ce soit entre partenaires ou en solo, leur utilisation est grandissante au sein de la population (Döring, 2020), et on comprend pourquoi! 

Mais comment profiter pleinement des multiples possibilités qu’offrent les sex toys tout en s’assurant de ne pas contracter une p’tite chlam’ en chemin? On t’explique ça. 

Les bienfaits

Les jouets sexuels offrent plusieurs avantages. Ils permettent notamment d’accroître le plaisir, l’intensité de l’orgasme et la satisfaction relative aux relations sexuelles (Döring, 2020; Reece et al. 2010; Wood et al., 2017). Ils peuvent également donner un sentiment de pouvoir sur son propre plaisir sexuel.

L’usage de jouets en solo nous donne l’opportunité de mieux découvrir notre corps et ce qui nous fait plaisir. Cette pratique a d’ailleurs tendance à accroître la satisfaction sexuelle des gens, puisque le corps, les désirs et les limites sont familiers.

Une autre excellente façon d’utiliser des jouets sexuels est avec son, sa ou ses partenaires. Ça permet de pimenter ses relations sexuelles, d’avoir du fun, d’expérimenter de nouvelles sensations et de découvrir davantage son propre corps et celui de l’autre. Qu’est-ce que tu veux de plus?

Les risques

C’est ben jojo de promouvoir l’influence positive des sex toys sur notre vie sexuelle, mais il faut quand même savoir comment les utiliser de façon sécuritaire. Partager ces accessoires sans protection peut mener à plusieurs conséquences, comme l’apparition de vaginoses bactériennes, de vaginites ou d’infections urinaires, ou la transmission d’ITSS (VIH, VPH, chlamydia, syphilis, etc.) (Anderson et al., 2014; Herbenick et al., 2009; Rice et al., 2016; Satinsky et al., 2011). 

La bonne nouvelle, c’est qu’il y a moyen de réduire le risque que tout ça t’arrive grâce à un protocole d’hygiène! Alors enfile bien ton condom et boucle ton strap-on, c’est ici qu’on apprend comment utiliser des sex toys de façon sécuritaire avec ses partenaires.

La discussion pré-sexe 

La discussion pré-sexe est essentielle, qu’on ait l’intention ou non d’utiliser des jouets sexuels. C’est en discutant avec tes partenaires que vous pourrez vous informer l’un·e l’autre de vos préférences, de vos limites et de votre statut d’ITSS, en plus d’établir un ou des safe words. Pendant cet échange, il est possible d’aborder l’utilisation, ou non, de sex toys et le type de protection désirée. 

Cela étant dit, l’objectif du dévoilement d’un statut ITSS n’est pas de se juger. Le but est de trouver des solutions pour bien se protéger. Selon une étude canadienne menée par Wood et ses collègues (2017), cette conversation est un must et un bon outil pour réduire le risque de transmission d’infections. Elle est d’autant plus importante lorsque le statut ITSS d’un·e (ou plus) des partenaires est inconnu. 

Donc, numéro un : discussion pré-sexe, check.

La désinfection

L’une des premières choses à savoir quand on achète des jouets sexus, c’est comment les entretenir, que l’on parle d’ITSS ou pas. Premièrement, il est primordial de nettoyer tes jouets avant et après leur utilisation, et ce, pour chaque utilisation, pour chaque partenaire et pour chaque zone du corps, car ces petites bébelles peuvent être porteuses de bactéries et provoquer des infections (Anderson et al., 2014; Wood et al., 2017; Workowski et al., 2011). Il ne faut pas oublier que les ITSS peuvent être asymptomatiques, et donc, il est possible d’en avoir une sans le savoir. Le nettoyage des sex toys est donc d’autant plus important. 

Pour désinfecter tes jouets, tu peux utiliser de l’eau et du savon doux (sans parfum, sans huile, sans détergent) ou un nettoyant spécifique pour jouets. La désinfection se fait en quatre étapes : rincer à l’eau, appliquer le nettoyant en frottant gentiment, rincer pour enlever le produit, puis laisser sécher. 

En général, les nettoyants qu’on retrouve dans les sex shops, comme ceux de Adorable ou de Swiss Navy, sont abordables et efficaces. Les marques Satisfyer, Dame, Lelo et Fresh and Clean sont aussi excellentes en matière de désinfection. 

Il est possible de te procurer un nettoyant en lingettes (plutôt que sous forme liquide) si tu préfères, comme celui de la marque Rosebud. En gros, le plus important en matière de nettoyant c’est d’éviter les produits contenant du parfum, des colorants, de l’alcool ou du bleach. 

Tu peux également faire bouillir tes jouets si cette méthode est compatible avec ceux-ci. Par exemple, il est sécuritaire de faire bouillir des jouets en silicone et en métal, mais cette technique est risquée pour ceux en verre, en bois, en jelly, en plastique et en élastomère thermoplastique (TPE), ou ceux qui continennent des composantes électroniques (à noter que cette liste n’est pas exhaustive). 

Bref, il n’y a pas de technique universelle de nettoyage des jouets sexuels en raison des différents matériaux. Tu trouveras à la fin de cet article quelques ressources qui pourront t’aider à te familiariser avec les différentes procédures. 

Selon plusieurs références, il est recommandé d’attendre une période de 24 h pour nettoyer et réutiliser un sex toy, et, bien que ça aide grandement, le nettoyage n’est pas toujours suffisant. Selon une étude d’Anderson et ses collègues (2014), il est possible de trouver des traces d’ITSS sur les matériaux même après ce délai. Il faut donc penser à ajouter d’autres méthodes à ton kit d’outils.

Le recouvrement

Tu peux tout de suite mettre des condoms, des digues dentaires et des gants en latex dans ton coffre à outils. Comme on vient de le mentionner, il n’est pas 100 % sécuritaire de se fier seulement sur la désinfection des jouets pour se protéger. Plusieurs études recommandent de combiner le recouvrement des jouets, avec un condom ou une digue sexuelle, et la désinfection pour assurer une protection ultime (Anderson et al., 2014; Döring, 2020; MSSS, 2019; Wood et al., 2017). 

Aussi, puisqu’il n’y a pas que les jouets sexus qui peuvent être contaminés, il est conseillé de mettre des gants jetables pendant vos expériences sexuelles si ton ou ta partenaire ou toi avez une ITSS. Il faut aussi penser à les jeter après chaque contact pour chaque zone potentiellement porteuse d’ITSS (MSSS, 2019). 

Afin de préserver l’intégrité de tes jouets (it’s expensive, henny!), on t’invite à utiliser des condoms et des digues qui ne sont pas préalablement lubrifiés.

Le lubrifiant utilisé par les compagnies de condoms et de digues est souvent mal adapté pour les jouets. On te recommande fortement d’utiliser ton propre lubrifiant pour bien glisser dans le plaisir et l’excitation, et d’en choisir un à base d’eau pour qu’il soit compatible avec les jouets sexus en silicone. D’ailleurs, mon collègue Justin a rédigé un magnifique article instructif sur les différents types de lubrifiants, que je t’invite fortement à lire. 

Même si tout cela peut sembler incommodant, c’est possible d’incorporer ces pratiques de manière sensuelle. Ça peut même être vraiment excitant de savoir que ton ou ta partenaire veut être safe (Wood et al., 2017). Tu peux ajouter un peu de piquant à ces comportements sécuritaires avec, par exemple, du dirty talk, des caresses, des baisers… Laisse place à ton imagination et à tes préférences sexuelles pour rendre ce moment de protection caliente.

Du sexe solo… ensemble

Un bon moyen de réduire le risque de transmission d’ITSS, c’est d’utiliser les jouets pour avoir du sexe solo, mais ensemble! De cette façon, tout en permettant à ton ou ta partenaire et toi de vivre un moment d’intimité, de connexion et de plaisir, les jouets et les fluides ne sont pas partagés.

Mutual masturbation for the win, hennies! 

D’ailleurs, cette technique serait populaire chez les personnes vivant avec le VIH et ayant une charge virale détectable afin de réduire le risque de transmission (Marrazzo et al., 2011; Satinsky et al., 2011; Workowski et al., 2015). C’est aussi une bonne façon de faire pour les personnes qui vivent avec l’herpès : comme les symptômes de cette ITSS sont souvent faibles ou nuls, sa transmissibilité est plus grande que celle des autres ITSS. D’ailleurs, l’herpès augmente le risque de transmission du VIH, et il est donc d’autant plus important de se protéger adéquatement (Canadian AIDS Treatment Information Exchange, 2016).

Le dépistage régulier

Bien que le recouvrement et la désinfection soient importants et efficaces, la méthode ultime en matière de sécurité est le dépistage régulier. Cette bonne habitude te permet de savoir rapidement si tu as une ITSS et d’entreprendre le traitement approprié si c’est le cas.

Il est suggéré de se faire tester à chaque nouveau ou nouvelle partenaire (avec qui on a des relations sexuelles avec ou sans protection), lorsqu’on a des relations sexuelles non protégées, lors de symptômes et lorsque le statut ITSS des autres participant·e·s est inconnu. Basically, la récurrence peut varier selon tes comportements sexuels, mais il est recommandé de se faire dépister d’une à quatre fois par année.  

Maintenant que ta boîte à outils est bien remplie, go have fun!

  • Anderson, T.A., Schick, V., Herbenick, D., Dodge, B., & Fortenberry, J.D. (2014). A study of human papillomavirus on vaginally inserted sex toys, before and after cleaning, among women who have sex with women and men. Sexually Transmitted Infections, 90(7), 529–531.

    Canadian AIDS Treatment Information Exchange. (2016). Genital Herpes. https://www.catie.ca/genital-herpes

    Döring, N. (2020). Sex Toys. Encyclopedia of Sexuality and Gender. https://doi.org/10.1007/978-3-319-59531-3_62-1.

    Herbenick, D., Reece, M., Sanders, S., Dodge, B., Ghassemi, A., & Fortenberry, J.D. (2009). Prevalence and characteristics of vibrator use by women in the United States: results from a nationally representative study. Journal of Sexual Medicine, 6(7), 1857–1866.

    Marrazzo, J. M., Thomas, K. K., & Ringwood, K. (2011). A behavioural intervention to reduce persistence of bacterial vaginosis among women who report sex with women: results of a randomised trial. Sexually transmitted infections, 87(5), 399–405.

    McNair, R. (2005). Risks and prevention of sexually transmissible infections among women who have sex with women. Sexual Health, 2, 209–212.

    Ministère de la Santé et des Services sociaux. (2019). Guide québécois de dépistage des infections transmissibles sexuellement et par le sang. Gouvernement du Québec. https://publications.msss.gouv.qc.ca/msss/fichiers/2019/19-308-13W.pdf

    Reece, M.,  Herbenick, D., Dodge, B., Sanders, S.A., Ghassemi, A. & Fortenberry, J.D. (2010). Vibrator Use Among Heterosexual Men Varies by Partnership Status: Results From a Nationally Representative Study in the United States. Journal of Sex & Marital Therapy, 36(5), 389-407.

    Rice, C. E., Lanza, S. T., Maierhofer, C., Turner, A. N., Fields, K. S., & Ervin, M. (2016). Beyond anal sex: sexual practices of men who have sex with men and associations with hiv and other sexually transmitted infections. Journal of Sexual Medicine, 13(3), 374-382.

    Statinsky, S., Rosenberger, J. G., Schick, V., Novak, D. S. et Reece, M. (2011). USA study of sex toy use by HIV-positive men who have sex with other men: implications for sexual health. International Journal of STD and AIDS, 22(8), 442-448.

    Wood, J., Crann, S., Cunningham, S., Money, D. et O’Doherty, K. (2017). A cross-sectional survey of sex toy use, characteristics of sex toy use hygiene behaviours, and vulvovaginal health outcomes in Canada. The Canadian Journal of Human Sexuality, 3(26), 196-204.

    Workowski, K. A., Bolan, G. A., & Centers for Disease Control and Prevention (2015). Sexually transmitted diseases treatment guidelines, 2015. MMWR. Recommendations and reports : Morbidity and mortality weekly report. Recommendations and reports, 64(RR-03), 1–137.

Rédaction de cet article
  • Célia Boudreau

    Sexologue en herbe, ou du moins à en devenir, Célia est bachelière en sexologie à l’UQAM. Elle aspire à offrir une meilleure éducation sexuelle aux jeunes Québécoise.se.s, mais aussi à se battre pour la visibilité de la communauté LGBTQIA+! Elle a non seulement un intérêt prononcé pour la sexologie, mais cultive aussi de multiples passions, comme le violoncelle. Oui oui, elle en joue et est prof privée. Elle est aussi un petit papillon qui se nourrit de nouvelles aventures. Sa phrase préférée: «à quand mon prochain voyage?»