Présenté par COCQ-SIDA

Indétectable = intransmissible : une vie sexuelle et intime avec le VIH, c’est possible

Illustration par Aless MC

Cet article a été rédigé en collaboration avec notre partenaire COCQ-SIDA, la Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le sida.

Il y a quelque chose avec le sida et le VIH qui semble avoir causé un trauma historique chez nous. En tant qu’homme homosexuel, bien que je n’aie pas connu les années 80 et le plus fort de la crise du sida, je suis encore habité, voire hanté, par ce spectre virulent qui plane au-dessus de ma tête et de celle des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HARSAH). Des décennies plus tard, le virus nous fout encore une sainte frousse. 

Sur plusieurs applications de hookup gai, la PrEP (un traitement qui prévient la contraction du VIH) est souvent brandie comme un fier bouclier. « Vous m’aurez pas, je suis sous PrEP et ready to play. » Après des années de souffrances causées par le virus, la PrEP semble garante d’une énième libération sexuelle faisant pied de nez au sida. C’est une grande avancée, on va se le dire! J’ai d’ailleurs écrit un papier sur le sujet.

Drame passé, fiction présente 

Mais bon. PrEP, pas PrEP, je suis pissou. Un condom qui éclate ou une baise Grindr de fin de soirée sont des exemples de situations qui déclenchent chez moi la grande question angoissante : « Je l’ai-tu pogné? ». Et, dans mes moments plus paniqués : « Vais-je mourir? » 

Comme si le simple fait d’être gai et de ne pas s’être protégé adéquatement venait de me projeter sur un lit d’hôpital, le corps couvert d’ecchymoses, le souffle court, la main de ma mère serrée contre la mienne. Intense, hein? 

Des productions dramatiques sur le sujet, comme l’excellente mini-série HBO Max It’s a Sin ou le très bon film français 120 battements par minute, d’ailleurs récipiendaire du Grand Prix à Cannes, nous en mettent plein la vue quant à l’horreur glaciale de la crise du sida et ses impacts sur les communautés. L’histoire et le cinéma ne mentent pas : c’était vraiment terrible et d’une grande tristesse. 

Mais aujourd’hui, plus de 40 ans après la découverte des premiers cas en juin 1981, qu’en est-il du VIH et du sida? Est-il possible de vivre avec le VIH et, surtout, est-on contagieux (ou contagieuse, puisque le VIH ne touche pas que les hommes) même sous traitement?

Je n’étais pas un expert sur la question et j’ai décidé de me faire les dents pour cet article afin d’en apprendre davantage et pour aspirer mes fantômes avec une balayeuse ultra-puissante.

À vos calepins, on part! 

I = I : une équation limpide

La question semble complexe. Pourtant, je réalise très vite que la réponse, elle, est aussi claire qu’une paire de palettes après un blanchiment dentaire.  

Si une personne a le VIH, qu’elle prend un traitement et que les médicaments maintiennent une charge virale indétectable, elle peut avoir des relations sexuelles en sachant qu’elle ne transmettra pas le virus à son ou à ses partenaires. Youhou! 

Lorsque le VIH est indétectable, il est intransmissible. D’où l’expression « I = I », qui ressemble à un théorème de Pythagore, mais qui est en fait une lettre d’amour à tou·te·s ses partenaires. 

Mais là, je pense qu’une petite pause lexique (comme je les aime) s’impose. 

CHARGE VIRALE : C’est la quantité de VIH dans le sang.

INDÉTECTABLE : Se dit du virus lorsque sa charge virale est inférieure à un seuil pouvant être détecté par les tests standards. Certains tests peuvent détecter des charges allant jusqu’à 40 à 50 copies/ml, mais depuis 2018, au Québec, une charge virale de moins de 200 copies/ml est considérée indétectable, donc intransmissible. 

INTRANSMISSIBLE : Se dit du virus lorsque sa charge virale indétectable empêche sa transmission.

SÉRODIFFÉRENTE : Se dit d’une personne avec un statut VIH différent du nôtre

En gros, ce que mes recherches m’apprennent, c’est que le traitement du VIH peut réduire la quantité de virus dans le sang jusqu’à un niveau tellement faible qu’il ne peut pas être détecté et, de facto, transmis. 

Chez la plupart des gens vivant avec le VIH, cela se produit après trois à six mois de traitement du VIH et est confirmé par des tests de charges virales réguliers (au Québec la fréquence est d’environ aux 4 à 6 mois). 

Mais là, je vous entends penser : si la charge virale est rikiki et intransmissible, est-ce que ça veut dire que la personne est « guérie» du VIH? Hélas, non.

Avoir une charge virale indétectable, ça ne veut pas dire que la personne est guéri·e du VIH. Le virus est encore présent dans le corps. En cas d’arrêt de traitement ou si la personne oublie des doses régulièrement, le VIH commencera à se répliquer de nouveau et la charge virale redeviendra détectable. 

Il faut donc suivre ses traitements aussi assidûment qu’une série Netflix pour continuer d’être indétectable. C’est le travail d’une vie, mais au moins, la vie continue pour la personne et ses partenaires. 

Déstigmatiser for the win

Depuis la découverte de traitements efficaces contre le VIH, la formule « I = I » est devenue de plus en plus répandue dans le vocabulaire scientifique et courant. 

Elle semble même incarner un emblème de la lutte (presque) victorieuse contre le sida en Amérique du Nord. « I = I », c’est une équation porteuse de sens qui déstigmatise les personnes vivant avec le VIH en balayant le mythe voulant que celles-ci soient « dangereuses », « sales » ou à l’article de la mort. 

C’est aussi un signe qui normalise le fait de vivre avec le VIH sans pour autant devoir se convertir en moine ascétique et faire une croix sur sa vie sexuelle et intime.  

C’est un énorme pas en avant vers l’acceptation des personnes séropositives parce qu’elles sont moins marginalisées dans le discours ambiant. C’est beau, hein? 

Buée d’espoir 

Cette petite recherche m’a drôlement fait du bien. Je réalise que moi aussi, j’étais porteur de préjugés souvent véhiculés par les discours ambiants, artistiques et culturels. 

J’avais peur du sida et du VIH. 

Parce que la vie continue, parce que les étreintes sont encore possibles, parce qu’on est en train de faire un pas de plus vers la victoire contre le VIH, je me suis surpris à dessiner un petit « I = I  » dans la buée de mon miroir au sortir de la douche. 

Il a marqué la surface.

Et c’est tant mieux. 

Rédaction de cet article
  • Son amour du langage le fait parfois sourire béatement devant le mot « cucurbitacée », qui épouse parfaitement les rondeurs colorées et les courbes coquines de la courge qu’il désigne. Cette étrange adéquation entre les signes et les choses lui ont fait dédier une partie de sa vie à l’étude de la littérature et à l’écriture de la poésie. La langue, un peu comme un corps, lui apparait pleine de revers mystérieux et de zones érogènes vieillissant avec nous. Il est concepteur-rédacteur pour une petite agence de Montréal et n’a pas peur de saboter une bio en la terminant avec un anglicisme scabreux. Hell no!

Annotations de cet article
  • Morag Bosom est chercheure et candidate au doctorat en sexologie. Son expérience en recherche l’a mené à travailler sur les questions des communautés LGBTQ+ en ligne, de la non-monogamie consensuelle et des expériences des personnes situées à l’intersection de la diversité sexuelle et de la diversité ethnoculturelle au Québec. Membre du Club Sexu depuis plus d’un an, elle aime beaucoup questionner les normes associées à la sexualité et contribuer à favoriser les discussions sur la sexualité sans tabou.