Le 4 février 2020, le Club sexu lançait sa première application web. Retour sur une intuition qui s’est rapidement transformée en carte de petits et grands plaisirs non coupables! 

Pourquoi cartographier les plaisirs solitaires? 

La pandémie semble avoir provoqué des changements dans la façon de vivre l’intimité : diminution du désir chez certain.e.s, achat de jouets sexuels pour d’autres, pendant qu’on enregistre une hausse de la consommation de pornographie à chaque intensification des mesures de confinement (Döring, 2020)… De plus, la masturbation a été portée au rang de comportement louable par les gouvernements provincial et fédéral étant donné son caractère hautement sécuritaire lorsqu’il est question d’éviter la propagation de la COVID-19.

Ces déclarations sans précédent (!) ont inspiré le Club Sexu à pondre un projet visant à réduire le sentiment d’isolement, normaliser un comportement favorable au bien-être, tout en offrant des occasions d’aborder la masturbation de façon décomplexée et ludique. 

Redonner à la masturbation ses lettres de noblesse!  

On a d’abord célébré le fait que la masturbation soit vivement recommandée et valorisée dans des publications officielles de santé publique. Ce n’est pas tous les jours que ça arrive, bien que la masturbation ait sa place, ici et là, dans des messages d’éducation à la sexualité. Essentiellement, on l’aborde comme stratégie de protection pour éviter des risques, à l’image des recommandations liées à la pandémie. Comme si la masturbation était un moindre mal en attendant de retrouver une sexualité «normale». 

Recommander la masturbation pour son côté sécuritaire c’est pas mal ! Mais au Club Sexu, on saisit l’occasion pour l’ancrer dans une perspective de bien-être sexuel. On veut parler des multiples raisons de se masturber, particulièrement en temps de confinement, en plus de déconstruire certains mythes persistants, d’aborder contextes et techniques et d’explorer la place qu’on lui accorde dans notre façon de parler de sexualité.

La masturbation n’a pas à être réduite au rôle de compensation ou de remplacement, en attendant mieux. C’est une activité sexuelle parmi d’autres, dans le répertoire des possibles, peu importe son statut et sa situation. On gagne à s’éloigner d’une vision où elle signifie nécessairement une insatisfaction vis-à-vis d’un.e partenaire ou d’une situation de célibat. Comme d’autres activités sexuelles, sois à  l’écoute de tes envies, sans pression ou sentiment de honte. Si tu le sens, profites-en pour diversifier tes pratiques et tes setups, offre-toi du temps avec toi-même, cultive ton imaginaire et porte une attention aux sensations que ça procure, orgasme ou non. 

Comment Club Solo fonctionne? 

Club Solo, c’est donc une application web qui permet de cartographier spatio-temporellement les séances de masturbation sur une carte interactive. Les étapes à suivre sont simples:

  1. D’abord, on consent à partager ses données de géolocalisation si on a 18 ans ou plus et qu’on se sent confortable à l’idée d’être localisé.e anonymement et de façon grossière.
  2. On enclenche le générateur de pseudonymes ludiques.
  3. On ajoute quelques informations, dont le fait d’avoir recours ou non à des jouets ou de la porno.
  4. On profite du moment!
  5. On peut faire part du degré de plaisir provoqué 😉
  6. Enfin, on peut voir son petit point apparaître sur la carte 🙂 
Animation par Jean-Sébastien Lavoie

Depuis mars 2020, on est nombreuses et nombreux à vivre difficilement les mesures de distanciation physique. Si la masturbation ne remplace pas le besoin de contacts humains, on a envie d’en profiter pour aborder une facette importante de la sexualité de façon ludique et positive, en cohérence avec la mission du Club Sexu.

En consultant la carte, on se sent moins seul.e, on se questionne sur ses envies, ses habitudes, ce qu’on souhaite partager ou non. 

Envie de venir sur la map ?

  • Döring, N. (2020). How Is the COVID-19 Pandemic Affecting Our Sexualities? An Overview of the Current Media Narratives and Research Hypotheses. Archives of Sexual Behaviors 49, 2765–2778.

Foire aux questions

  • L’application sert à normaliser le fait de se masturber, le fait d’en parler, de fait de l’intégrer dans son quotidien (confiné) de façon positive. L’idée, c’est de se sentir moins seul.e à prendre une petite pause coquine en constatant tous ces points qui émergent sur la carte.

    Trop souvent, on perçoit la masturbation comme un comportement pour éviter de prendre des risques, pour avoir du plaisir “en attendant” un ou une partenaire ou alors, pour compenser certaines insatisfactions. Pourtant, la masturbation mérite pleinement son statut d’activité sexuelle. C’est une façon de prendre du temps pour soi, de découvrir des sensations qu’on aime, d’accompagner son imaginaire, de se faire l’amour 😉

    Autrement dit, la masturbation peut faire partie de votre répertoire d’activités sexuelles, sans avoir la prétention de remplacer les contacts humains, ni l’obligation d’être relayée au second plan qu’on entre en relation. Ça fait simplement partie des options… et quelle belle option!

  • Pour que l’application fonctionne, il est nécessaire d’accepter d’être géolocalisé.e. Toutefois, la géolocalisation est grossière et programmée de manière à se trouver dans un périmètre de plus ou moins 100 mètres pour éviter qu’on puisse identifier les adresses. Si tu penses que ça peut poser problème pour toi, peu importe la raison, n’accepte pas la géolocalisation. Tu peux quand consulter la carte et profitez de tout le contenu sur la masturbation qui sera partagé sur le compte IG du Club Sexu. Enjoy!

  • Pour que l’application fonctionne, il est nécessaire d’accepter d’être géolocalisé.e à partir de votre fureteur web (que ce soit sur ton ordinateur ou sur ton téléphone, par exemple Safari, Chrome, Firefox, Explorer… si quelqu’un utilise encore explorer…). Si ça ne fonctionne pas, il faut changer l’accès aux données de localisation à partir des Réglages relatifs aux sites web.

  • Je ne sais pas si tu as besoin d’entendre ça, mais tu n’es pas la seule. Déjà, de façon générale, le désir, les envies, notre rapport à nous-même fluctuent dans le temps… Mais là, avec la pandémie, les mesures de confinement, les insécurités que ça génère, ça met la libido au défi. Les études sur la COVID-19 et la sexualité indiquent qu’on est nombreux et nombreuses à vivre cette baisse d’envies et d’activités. Ça fait du bien de se le dire, à soi et entre nous 🙂

    Sans obligation d’entreprendre LA séance de sa vie, notre petite application est surtout une invitation à prendre du temps pour soi, se dire qu’un moment nous appartient, sans pression, d’imaginer ce qui nous tente, de s’offrir un peu de doux. Et ça, tout le monde le mérite. ❤️

  • On s’est posé beaucoup de questions sur la localisation et ses implications, dans l’idée de favoriser une visualisation qui contribue à la normalisation de tous ces épisodes intimes. Merci, ce commentaire est important et nous pousse à poursuivre la réflexion. Voici la logique qui a mené à la géolocalisation actuelle: (1) On peut consulter la carte avant et en tout temps, sans avoir à ajouter son petit point; (2) Ces petits points sont des clins d’oeil aux plaisirs solitaires, mais ne révèlent pas (nécessairement) des comportements réels; (3) Nous exigeons un consentement pour la localisation pour offrir un temps de réflexion qui permet un choix éclairé; (4) Les points ne révèlent pas un lieu exact, mais l’équivalent d’un « coin de rue » + une marge d’erreur de 100m. Evidement, pour des régions moins populeuses, le degré d’anonymat n’est pas le même qu’en ville. D’où l’importance du consentement et de l’accès à la carte avant et sans égard au fait d’ajouter son point (avec pseudonyme).

  • C’est vrai, qu’à première vue, l’application peut sembler superficielle. En fait, il s’agit d’un «stunt» ou, ce qu’on appelle dans le domaine des sciences de la modification de comportement, un «cue» qui amorce des changements sur certains déterminants d’un comportement.

    Dans notre cas, l’application cible trois choses: (1) Contribuer à un changement de norme sociale entourant la masturbation en rendant le comportement «visible et commun»; (2) Susciter une ouverture à des contenus plus complexes, explicites et nuancés sur ce comportement qui sont notamment partagés sur les différentes plateformes du Club Sexu; (3) Nommer et normaliser les émotions et les inquiétudes entourant les effets de la pandémie sur le bien-être sexuel dans la façon de présenter et contextualiser l’application et son usage dans les prochaines semaines. Cette façon de construire progressivement une intervention a le potentiel d’avoir une plus grande portée que de simplement transmettre des connaissances sur un enjeu. Cela dit, ces connaissances sont clairement importantes et elles partagées à travers nos différentes plateformes de diffusion 🙂

    Bref, ce petit «stunt» est accompagné de plusieurs contenus pédagogiques qui seront partagés progressivement et sous différentes formes. L’idée est aussi de cultiver une curiosité et une littératie en matière de santé sexuelle pour que la consommation d’informations sur la santé sexuelle ne se résume pas à un clic, une fois.

  • C’est vrai qu’une des intentions derrières Club Solo est de briser l’isolement en période de confinement. Cela dit, l’approche préconisée est de pouvoir “normaliser” la masturbation tout en respectant le caractère anonyme et confidentiel des personnes qui consentent à partager leur géolocalisation de façon approximative.

    Il existe plusieurs applications de rencontre et de sites pour des personnes qui souhaitent entrer en contact, on ne va pas les remplacer (du moins pour l’instant 😉 )! On souhaite plutôt que la visualisation de tous ces petits points anonymes nous rappellent qu’on est pas seul.e, que la masturbation fait partie des habitudes sexuelles de nombreuses personnes et qu’il est important pour des médias comme le Club Sexu de proposer des contenus sur ce sujet spécifiquement.

    Autrement dit, Club Solo devient une excuse interactive et ludique pour attirer l’attention sur le sujet… et ça semble fonctionner!

  • Tu as bien raison, on pourrait y faire un clin d’œil dans le design. Merci! D’ailleurs, on aborde les fonctions de la masturbation dans une de nos publications et on y souligne que, comme pour n’importe quelle activité sexuelle, un orgasme ne détermine pas nécessairement la fin d’une séance de masturbation.

    Et d’ici à la version 2.0, il est TOUJOURS possible de retourner sur clubsolo.org et d’ajouter un autre petit point quand tu veux 😉

Rédaction de cet article
  • Après un baccalauréat en sexologie et une maîtrise en éducation, Sara Mathieu-C. entame un doctorat à l’Université de Montréal afin d’explorer le potentiel du ludique et des technologies dans une perspective d’éducation à la sexualité. Actuellement, elle poursuit deux carrières en parallèle avec beaucoup d’enthousiasme et peu de sommeil. Dans la dernière année, il est tout aussi probable que vous l’ayez entendu parler de condom dans le cadre de ses activités de recherche et de formation, notamment au sein du Club Sexu, que de rédaction scientifique et de tomates au sein de Thèsez-vous.