La fois où j’ai fait vibrer la prostate d’un inconnu à distance

Illustration : Mélodie Bouchard

« Mon amour, y veut pu sortir, y peut pu sortir, y sortira pas, y fait partie de moi maintenant, and that’s that on that. »

Ce sont les mots que j’ai prononcés à mon chum Gabriel en parlant du gros butt plug fuschia fiché dans mon troufion. L’affaire, c’est qu’on avait eu la brillante idée d’acheter ce massif jouet la veille afin de « pimenter » notre vie sexuelle. J’avais littéralement vu plus gros que l’trou.

On aurait bien choisi un jouet plus petit, mais celui-là était franchement bon marché et on était tous les deux cassés à cause de notre paiement de session. À ce moment précis, bouché comme un fond de drain, j’aurais pris un peu moins de jalapeño dans ma sex life et je me serais confortablement re-pluggé devant un épisode de Planet Earth II. Mais bon, comme tout ce qui entre doit éventuellement ressortir, on s’est penché sur l’opération « unplug me  ».

Le mastodonte violacé était étonnamment bien rentré en moi, comme j’étais bien dilaté et qu’on l’avait enduit d’un lubrifiant franchement révolutionnaire (deux gouttes de cet élixir et tu peux jouer au mini-putt dans mon intérieur all night !) Mon chum m’avait masturbé comme il sait si bien le faire et la babiole à rabais avait joué du coude avec ma prostate, j’étais donc venu en moins de deux. Une fois l’extase passée, je suis vite redescendu sur terre et mon corps a comme compris qu’il avait un locataire de quatre pouces de diamètre en lui.

Gabriel étant un véritable angelot descendu des cieux, il s’est mis à me roucouler des douceurs en me massant les couilles : « T’es beau, t’es bon, t’es capable de faire sortir ce gargantua de ton rim. »

Envouté par cette poésie, mon anus a finalement expulsé mon nouveau-né et j’ai poussé un râle de soulagement qui a déchiré mon quatre et demi en deux et fait trembler le sol jusqu’à Tokyo.

Dans la chambre d’à côté, j’ai entendu des petits ricanements de hyènes. « Ostie, ma coloc pis son dude sont là ! »


« Grosse soirée hier ? », me lance ma fouine de coloc en faisant tomber une pluie de graines de chia sur son yogourt grec pendant que Francis, sa fréquentation pas fréquentable, beurre sa toast.

« Pas particulièrement, non. Gab et moi on est allés voir un film allemand à la cinémathèque et on s’est mis au lit très vite, gute Nacht pis toute là. »

« Ah trop weird, j’ai comme entendu un drôle de bruit dans ta chambre, on aurait dit que tu faisais du yoga chaud ou des chants de gorge anciens genre. »

Ma coloc d’amour me lance le genre de regard qui veut dire « Je lâcherai pas le bout de l’os avant d’avoir goûté à la moelle, mon chéri », et je leur explique donc, à Francis et à elle, mon épisode de la veille. Francis s’étouffe avec un des sept multigrains de sa rôtie Gadoua et lâche un « Cul fuck, on peut-tu avoir fini de manger avant de parler de bébelle pognée dans cenne ? »

Bien avisée des vertus de l’anal, ma coloc l’ignore et renchérit en nous parlant de la meilleure amie de la petite-cousine d’une ex-collègue du Stokes qui s’est acheté un butt plug Bluetooth que tu peux faire vibrer à distance via une application sur ton cellulaire. Entre deux gorgées de smoothie au kale et au coconut, j’apprends que cette merveille high-tech peut même être synchronisée avec Spotify pour faire des vibrations sur le rythme d’une chanson de ton choix.

« Tu comprends pas, cette fille-là a littéralement eu les plus gros orgasmes de sa vie pendant que Cheap Thrills de Sia jouait dans son colon », glousse ma coloc. Frankie boy renchérit en disant que ça doit être crissement sick avec du Skrillex. Dans l’autobus vers la job, j’écoute un Nocturne de Chopin pis je me dis que ça doit pas être méchant d’avoir ces décibels-là qui te bercent le trou.


« Tu devineras jamais quoi ! », me met au défi ma coloc la semaine d’après, pendant notre cours de macramé. « Hem, j’sais pas, t’as décidé d’apprendre une langue morte, genre le sumérien ? » Elle m’informe que je suis aussi proche de la bonne réponse que le projet de la ligne rose est près de se réaliser, puis me vide son sac. J’apprends, entre deux nœuds, que l’ineffable Francis a non seulement accepté de se faire rentrer un index entier dans la serrure, mais qu’il a « vraiment pas eu l’air d’haïr ça » et qu’il a même « jizzé jusque sur le dimmer de sa chambre ». (Note à moi-même : ne plus jamais tamiser la lumière de la chambre de ma roomie.)

Pour vrai, je sais pas lequel des douze chevaliers de l’enfer elle a dû invoquer pour que ce gars-là accepte autre chose qu’une bobette Fruit of the Loom dans sa craque de fesses. I stand corrected.

Tissant son porte-pot, la Miraculeuse m’informe que Francis-je-découvre-ma-prostate a même eu envie d’essayer le fameux butt plug Bluetooth. « Il m’a mangé la nounouchka à pleine bouche pendant qu’un solo de guitare de Phil Collins lui massait le cul, c’était tellement hot !», me chuchote ma coloc pendant que la prof lui garoche un regard acide qui semble dire less talking, more macraméing, mamzelle.

« Demain, je lui ai lancé le défi de porter le butt plug à son souper de famille en Beauce et je vais le faire vibrer à distance avec mon cell à chaque fois que je pense à lui. Ça va être comme si j’y étais ! » J’essaie de retenir mon rire, mais ça sort plutôt comme un Yorkshire qui s’étouffe avec du Tabasco et toute la classe se retourne d’un coup. « Hey les comiques, êtes vous icitte pour faire des nœuds, ou ba donc’ pour faire les clowns ? Y en a qui essaient de tisser serré sans s’faire déranger », beugle la prof. Milles excuses milady, c’est que demain soir, Francis va se faire bourdonner la fleur entre deux bouchées de gigot pendant que sa maman lui ressert une portion de pétates pillées. « Excusez-nous madame, on va macra-rrêter tout de suite ! »


« On se croirait à New Delhi les gars, what the oui ! Qu’est-ce que qui mijote coudonc ? », demande ma coloc en humant mon chaudron et en mettant ses boucles d’oreilles. « Ah, un p’tit curry de pois chiches, rien de compliqué », lui répond Gab en hachant de la coriandre. « Oufffff, vous allez être bloatés de légumineuses les cocos, pas de Sodome et Gomorrhe à soir… Pouiche pouiche les pois chiches », lui lance-t-elle en trempant son index dans le pyrex comme une sans façon.

La finfinette rit de son mot d’esprit et quitte pour son shift au restaurant où elle est hôtesse depuis quatre ans. En dressant la table, je réalise que ma coloc a oublié son cell sur la table basse du salon et a laissé ouverte l’application pour faire vibrer le butt plug de Francis. Trop pouiche, elle pourra pas faire vibrer son douche à distance… », me lance Gab en déposant nos assiettes fumantes sur la table. Oh no she won’t, but we will, mon trésor », ricané-je en me versant une généreuse coupe de tempranillo.

La suite des évènements me fait encore relever la capuche de mon hoodie comme une servante écarlate tellement je suis honteux. Après avoir fait disparaître la dernière bouchée de pain naan à l’ail, mon chum et moi on s’est mis à make out sur le sofa avec des haleines de souk à l’heure de pointe.

En moins de deux, je léchais son rim comme un p’tit twist du Maître glacier.

Du coin de l’œil, la face enfouie entre les fesses de Gab, j’aperçois le cellulaire de ma coloc, illuminée par les feux de circulation dehors. Ostie, c’est un signe du Créateur. Blessed be the fruit. Je l’agrippe et ouvre l’application du butt plug. J’appuie sur le bouton vibration d’une main, et me met à branler Gab de l’autre, en insistant sur le bout du gland comme il aime. Les gémissements de mon chéri se mélangent aux bip! bip! bip! effrénés de l’application que je tapoche sans relâche en imaginant Francis se démener sur sa chaise en Beauce.

Par un savant tour de force permis par la machine, le fuckboy de ma coloc et mon chum étaient unis dans la jouissance. L’orgasme de Gabriel fut digne d’une finale des feux de la Ronde et on finit par s’écraser, hilares, sur le plancher flottant. Couché sur le sol, à fixer les hélices de mon ventilateur, je suis soudainement pris d’un remord. Toutes mes notions de sexualité positive remontent à la surface de mon cerveau comme des p’tites bulles qui sortent de la bouche d’un méné. Une question me traverse : est ce que je viens d’attoucher Francis sans son consentement ? Est-ce que je viens de basculer du côté des contrevenants ? Father, forgive me, for I have peut-être sinned ?

Sur la table, on entend le cell de ma coloc vibrer, et une notification Messenger apparaît à l’écran. C’est Francis….

« Pour vrai puce, j’suis jamais venu aussi fort, j’ai dû quitter la table pendant qu’on mangeait le tiramisu pour aller me finir aux toilettes. Tu m’amènes ailleurs toi :P »