C’est pas toi, c’est nous : pour en finir avec la pression de performance sexuelle

Résumé

Quand il est question de relations sexuelles, on parle souvent de performances individuelles. Pourtant, le sexe se fait souvent à deux (ou plus)… C’est quoi, pour vrai, une bonne baise?

Ah, le sexe. Cette chose glissante, source de mille plaisirs… et de mille angoisses. Est-ce que je suis bon⋅ne au lit? Est-ce qu’on me trouve sexy? Est-ce que je l’ai fait jouir? Est-ce que je vais venir? 

L’intimité peut rapidement devenir une source d’anxiété de performance. On veut avoir les best moves et être la baise du siècle (c’est pas rien!). Mais si, plutôt que de se concentrer sur nos compétences individuelles, on misait sur le fait… d’être ensemble? Est-ce que ça changerait vraiment quelque chose?

Réduire l’anxiété de performance au lit

Moi-même, j’ai souvent mis le focus sur mes performances ou celles de mes partenaires comme si elles existaient en vase clos. Je misais sur le natural talent des gens avec qui je couchais pour assurer mon propre plaisir. J’étais gênée de me toucher moi-même ou de dire ce que j’aimais. 

Pis je blâmais les autres pour ma baise plate. Pareil pour les bonnes. C’était toujours une réussite individuelle. 

Et je suis loin d’être la seule. Comme le dit Doja Cat, ça m’est arrivé plus d’une fois de heard from a friend of a friend that that dick was a ten out of ten. Pas de problème là. C’est une bonne rumeur à propager, non?

C’est comme ça que j’en ai toujours entendu parler, en tout cas. Y’en a qui baisent bien. Et y’en a qui baisent mal. Une mesure absolue… et individuelle. Pas d’histoire d’être vraiment à deux (ou à plusieurs) dans nos plaisirs nocturnes, non. C’est à chacun·e d’améliorer ses propres compétences dans le but de satisfaire l’autre. 

À moi de noter le déhanchement qui fonctionne le mieux ou la position qui m’a permis, une fois, de donner un orgasme vraiment intense à quelqu’un·e. Le Cosmopolitan publie yet une autre liste des 42 meilleurs trucs pour sucer et j’en note les grandes lignes dans le fond de ma tête. Bref. C’est à moi de trouver la clé de la performance. 

Dit de même, y’a de quoi trouver le sexe stressant. Comme de raison, j’ai souvent été prisonnière de mon auto-évaluation. Incapable de savourer pleinement la rencontre des corps. J’étais ben trop occupée à me regarder sucer, onduler, lécher, bouger. À évaluer les sons de l’autre en me demandant si c’est plate ou ben à m’inquiéter que ma peau pis mon gras vivent leur vie de peau pis de gras. Bref, j’étais partout, sauf ensemble.

La clé d’une bonne baise : sortir des scripts hétéronormatifs  

Nos scripts hétéronormatifs nous montrent des chemins préétablis. C’est un peu ça, le rôle d’un script. Pas besoin de se parler de nos corps ou de ce qu’on aime, on a juste à rejouer le même scénario que l’on a appris par cœur et qui nous a valu une très bonne note selon les amies de madame Cat. 

Sauf que le sexe, c’est pas qu’une histoire de je qui fait à tu pis de tu qui fait à je. Au sens où les coups de langue qui font vibrer un corps ne feront pas nécessairement vibrer le prochain, la taille « juste parfaite » pour un⋅e le sera peut-être pas pour l’autre, et ainsi de suite. Le seul vrai one size fits all, c’est la communication.

Ben oui. Niaiseux de même. Si se parler ne garantit pas la baise du siècle (encore ce bon vieil objectif réaliste!), les meilleures parties de jambes en l’air que j’ai eues sont pas mal toujours celles où mes partenaires et moi étions… là. Dans l’instant présent. Pis je crois pas que ce soit un adon ou un simple hasard. 

Quand on se dégage des scripts, ça oblige à se parler. Qu’est-ce que t’aimes? Ça te fait du bien quand je te touche comme ça? Aimes-tu quand je te mords ici? Et quand je te lèche là?

Envisager notre sexualité comme quelque chose à bâtir ensemble, plutôt qu’un talent à développer chacun·e de son bord, ça peut aider à réduire l’anxiété de performance. Soudainement, plus besoin de tout savoir et d’être déjà au top de notre game. Non. Y’a qu’à se parler de nos désirs, de nos envies, de nos fantasmes.

Y’a quelque chose de magique dans le fait de s’imaginer au « nous » plutôt qu’au « je ». Pis oui, ça se vaut même pour un one-night stand. Je propose d’imaginer le sexe comme une danse (une métaphore pas cliché pantoute). Une danse qui s’improvise dans l’instant présent, qui demande d’être à l’écoute du corps et de la parole de notre partenaire. Une danse qu’on interprète ensemble, plutôt qu’une chorégraphie qu’on impose à l’autre.

Ça te semble peut-être niaiseux, mais je te jure que ça libère d’une énorme pression : celle de deviner.

De toute manière, on mélange déjà nos langues… aussi bien les utiliser pour se parler au creux de l’oreille, non?

  • Séguin, L. J. (2024). “I’ve learned to convert my sensations into sounds”: Understanding during-sex sexual communication. The Journal of Sex Research, 61(2), 169–183. https://doi.org/10.1080/00224499.2022.2134284