Qu’est-ce que le racisme sexuel ?

Racisme sexuel par Niti Marcelle Mueth

Illustration : Niti Marcelle Mueth

Le racisme sexuel, c’est privilégier un ou une partenaire sexuel.le en fonction de sa race et de façon à renforcer les hiérarchies et stéréotypes raciaux. On a tou.te.s nos critères pour trouver un.e partenaire, mais ça vaut la peine de remettre en question d’où ils viennent. Ces préférences sexuelles sont plus souvent qu’autrement influencées par des constructions sociales, façonnées par un manque de représentations diversifiées dans la société et dans les médias.

Qu’ils soient très explicites ou plus implicites, voire « positifs », les commentaires racistes typiquement employés dans un contexte de dating ou de relation sexuelle créent un sentiment de déshumanisation et ont de grandes conséquences sur l’estime personnelle des personnes racisées. Elles peuvent ne pas se sentir désirées pour qui elles sont, mais plutôt pour la couleur de leur peau et pour les clichés qui viennent avec. En tant que personne blanche et privilégiée, tu peux tenter d’identifier ces (micro)agressions, de réaliser l’impact de ces biais et d’arrêter de les véhiculer. APPRENONS ensemble à se poser les bonnes questions pour lutter contre le racisme sexuel.

Différentes formes de racisme sexuel

1. Commentaires assez explicites

Utiliser ces phrases pour restreindre ton dating pool, c’est nier toute individualité aux personnes racisées. Celles-ci sont ainsi rejetées en raison des clichés qui leur sont associés. Il faut également préciser que «même culture» ne veut pas nécessairement dire « même couleur de peau » !

  • Je veux dater quelqu’un.e de la même culture que moi.
  • Je ne suis pas intéressé.e par les Noir.e.s.

2. Commentaires implicites

Sentir constamment que ses caractéristiques physiques ne sont pas désirées ou désirables a des effets évidents sur l’estime de soi des personnes racisées. Ça reproduit aussi des normes de beauté racistes. Dans tous les cas, choisir son ou sa partenaire uniquement en fonction de son physique, c’est dommage.

  • Je m’intéresse seulement aux personnes blondes aux yeux bleus. (caractéristiques très peu présentes chez les POC)

3. Stéréotypes et généralisation

Les personnes racisées n’ont pas UN physique. Elles ne se ressemblent pas toutes. Tenir pour acquises certaines caractéristiques physiques, c’est encore une fois nier toute individualité aux personnes racisées.

  • Elle ou il doit aimer les gros pénis pour sortir avec un Noir.
  • J’aime les femmes noires parce qu’elles ont plus de courbes.

4. Identification raciale inutile

Utiliser la race comme sujet et non comme adjectif pour référer à quelqu’un, c’est présumer qu’on peut définir une personne uniquement par sa race et résumer son identité à ce seul aspect.

  • J’ai couché avec un.e Noir.e.
  • Te souviens-tu de l’Arabe que j’ai daté.e ?

5. Fétichisation raciale

Certains fétiches raciaux sont si communs qu’il y a même des expressions pour les nommer, par exemple asian fever ou jungle fever. Les personnes noires, asiatiques, et de n’importe quelle autre communauté racisée, ne sont PAS des expériences sexuelles.

  • J’ai toujours voulu essayer avec un.e Noir.e !
  • J’ai toujours eu un faible pour les Asiatiques.

Q1 : Mes préférences sexuelles font-elles de moi une personne raciste ?

Non !

First thing you should know : il n’existe pas de personnes «racistes» et d’autres qui ne sont « pas racistes ». C’est une erreur fondamentale de catégoriser le monde qui nous entoure de cette façon. Le racisme n’est pas une identité MAIS une attitude, un propos, un geste, un phénomène peuvent être racistes. Le racisme se reconnaît par une chose : l’oppression que subissent les personnes racisées. NOTRE DÉFI : voir ces phénomènes.

Deuxième chose : Tout le monde a des préférences, et c’est tout à fait normal.

Ce qu’il est important de retenir, c’est que l’attirance sexuelle et romantique n’est PAS JUSTE biologique. Elle change et se développe au cours de notre vie et elle est influencée par les messages et les stéréotypes qui nous sont transmis par les médias, nos ami.e.s, notre famille et la culture at large. Beaucoup de ces messages brossent un portrait particulier des personnes racisées, ce qui en amènent plusieurs à les fétichiser ou, à l’inverse, à ne pas les considérer comme partner material. On n’est pas là pour te faire sentir coupable et on n’insinue pas que tu dois te forcer à fréquenter une personne qui ne t’attire pas ! On t’invite plutôt à examiner et à explorer le POURQUOI derrière tes préférences sexuelles et romantiques pour déconstruire certains stéréotypes.

Pour faire avancer tes réflexions, tu peux te demander :

  • Est-ce que je m’intéresse à cette personne seulement en raison de son ethnie ? 
  • Est-ce que je projette des clichés culturels sans même le/la connaitre ? 
  • Le physique de cette personne me plait et représente bien mes préférences, mais est-ce que je suis en train de donner toute la place à ça, sans même m’intéresser à la personne d’un point de vue humain ?

Q2 : Oui, mais… MES PRÉFÉRENCES ???

*Face palm* On comprend, c’est un sujet complexe qui fait pas mal jaser. Bien qu’il soit normal d’avoir des préférences, il y a des façons plus respectueuses de communiquer notre attirance (ou notre manque d’attirance) envers une personne. Certains propos ont comme effet d’objectifier ou de fétichiser une personne ou un groupe entier.

  • Je veux coucher avec une personne noire; elles sont plus sauvages au lit.

Tandis que d’autres transmettent le message qu’un groupe entier est indésirable :

  • T’es belle pour une Noire.

Que faire alors lorsqu’une personne nous intéresse ?

  • La complimenter sur un aspect de son apparence sur lequel elle a un contrôle (son style, ses tatouages, etc.), ou sur une partie de son corps non sexualisée (ses yeux, son sourire).
  • La complimenter sur ce qui la rend « elle » (son ambition, sa résilience, ses rêves, ses skills, ses passe-temps, etc.). Évidemment, ça implique qu’on apprenne à la connaître un minimum.
  • Être direct.e et lui dire qu’elle nous intéresse ou qu’on la trouve attirante.

Lorsqu’on n’est pas intéressé.e :
Être direct.e et simplement dire qu’on n’est pas intéressé.e. That’s it !

Q3 : Pourquoi utilisez-vous le mot « race », n’est-ce pas un terme raciste ?

La réponse très claire d’un.e abonné.e à ce sujet (on n’aurait pas dit mieux !) :

Biologiquement, on ne peut pas nier qu’il n’y a, effectivement, qu’une espèce humaine. Mais, sociologiquement, le racisme construit des catégories (les races) sur lesquelles se basent l’oppression et la discrimination. Utiliser les termes « races » et « racisé.e », c’est reconnaître que cette catégorisation sociale existe et que le processus par lequel elle sépare les humains donne lieu au racisme. Pour déconstruire les catégories liées aux « races », on doit donc admettre qu’elles existent socialement.

Les propos tels que «Je ne vois pas la couleur de telle personne» sont des propos extrêmement déconnectés de la réalité, souvent tenus par des personnes qui n’ont pas conscience de la portée de leurs privilèges.

  • Pour aborder un problème et trouver des pistes de solution, il faut d’abord le reconnaître.

Q4 : Est-ce qu’être une personne racisée qui a des préférences pour les traits des personnes blanches fait de moi une personne raciste ?

Soyons bien clairs, le racisme anti-blanc n’existe pas. Par contre, ce qu’on appelle le colourism est bien réel.

Qu’est-ce que le colourism ? La blancheur et les autres traits physiques associés aux personnes blanches (comme les cheveux raides) ont longtemps été considérés comme les critères de beauté en Occident (et ailleurs). À l’inverse, les traits physiques associés aux personnes noires ont longtemps été perçus comme « indésirables ». Plusieurs personnes, incluant plusieurs personnes noires, auraient intériorisé ces messages de beauté. Si leurs traits étaient célébrés et valorisés autant que les traits « blancs », le colourism n’existerait probablement pas.

Cette célébration pourrait notamment passer par une meilleure représentation des personnes racisées dans des rôles positifs, non seulement dans les médias, le cinéma et les sports, mais aussi dans des rôles politiques ou administratifs. Tu peux t’informer sur le principe de discrimination positive qui peut être une solution au manque de représentativité.

En rafale, quelques articles et podcasts sur le sujet qui ont inspiré cet article.

https://jesuisfeministe.com/2018/09/19/vos-preferences-sexuelles-sentent-elles-bon-le-racisme/