Pegging 101 : prendre le dildo par les cordes

Le pegging, aussi appelé en français le chevillage, est une pratique sexuelle qui attire de plus en plus d’attention depuis quelques années. Mais qu’est-ce que c’est, en fait? Pourquoi est-ce qu’on devrait (ou non) l’essayer? Et surtout, comment est-ce qu’on peg

On décortique le tout pour vous aider à prendre votre dildo par les cordes. 

What in the name of « gode » is pegging?

Dans sa définition traditionnelle, le pegging est une pratique qui réfère à une femme cisgenre pénétrant l’anus d’un homme cisgenre à l’aide d’un gode-ceinture, aussi appelé strap on, soit un dildo retenu par un harnais ou une ceinture adaptée. 

Le pegging a hérité de son nom en 2001 dans la chronique de conseils sexuels de Dan Savage, Savage Love, abordant divers sujets liés à la sexualité. Son auteur a sollicité l’aide de son lectorat pour trouver un nom à cette pratique anale particulière entre un homme cisgenre et une femme cisgenre. 

Pour Savage, l’échange des rôles de pénétration traditionnels propre au pegging la distinguait des autres pratiques anales et nécessitait un nom. Ce néologisme est cependant controversé, entre autres parce que certaines personnes remettent en question la pertinence d’avoir un terme qui différencie cette pratique anale des autres qui sont associées à des sexualités plus queer. Cette distinction est perçue par certaines personnes comme homophobe, puisqu’elle crée une « exception » pour les personnes hétérosexuelles, qui peuvent ainsi reprendre des pratiques traditionnellement queer en conservant leur identité hétérosexuelle et ses privilèges (Aguilar, 2017). 

D’autres personnes se prononcent tout de même en faveur de ce terme, qui met l’accent sur la subversion des rôles traditionnels justement imposés aux relations hétérosexuelles et qui permet d’ouvrir le répertoire sexuel limitatif des hommes cisgenres hétérosexuels, qui sont traditionnellement contraints à un rôle pénétrant (Branfman et al., 2018; McBride et Fortenberry, 2010). En effet, un homme hétérosexuel peut être réticent à l’idée d’adopter un rôle réceptif et à recevoir du plaisir par son anus puisque cette pratique pourrait l’« homosexualiser » aux yeux de ses pairs (Anderson, 2008; Branfman et al., 2018) et lui dérober sa masculinité (Aguilar, 2017; Pitagora, 2019). Le hic, c’est qu’en distinguant une pratique anale pour les hommes hétérosexuels cisgenres, on renforce l’idée que la pénétration anale est genrée, mais aussi qu’elle est à réprimer et qu’il faut s’en distancier (Pitagora, 2019).

L’appellation a donc ses avantages, comme de faire reconnaître une pratique qu’on peut nommer et d’ouvrir le répertoire sexuel des hommes hétérosexuels qui sont malheureusement encore restreints par les codes sociaux de la masculinité, mais aussi ses inconvénients, comme de ne pas remettre en question l’homophobie entourant le tabou de la sexualité anale des hommes, voire de le renforcer. 

On considère cependant aujourd’hui que le pegging c’est pour tout le monde, peu importe le genre d’une personne. 

Est-ce que le pegging, c’est pour moi?

Maintenant qu’on a saisi le contexte, revenons à nos moutons (ou à nos anus). Il y a plusieurs raisons de pratiquer le pegging

D’abord, pour ressentir du plaisir. Simple comme ça. Le pegging permet à la personne pénétrée de recevoir du plaisir anal, une stimulation perçue comme agréable par la plupart des personnes l’ayant essayée (Branfman et al., 2018). 

Le pegging peut aussi être une nouvelle pratique à essayer pour explorer son corps et découvrir un orifice avec lequel on n’a pas l’habitude de jouer ou qu’on n’a pas encore utilisé avec un dildo. 

Ensuite, pour la possibilité d’inverser les rôles dans un scénario. Pour certaines personnes, le pegging s’insère dans l’univers du BDSM (bondage discipline/domination soumission/sadisme masochisme), qui regroupe les pratiques consensuelles mettant en scène des dynamiques de pouvoir, de contrôle ou de restrictions, ou de douleur. 

En ce sens, le narratif propre à la pratique du pegging, où un homme, habituellement dans un rôle de pénétrant, cède son pouvoir pour reprendre le rôle de personne pénétrée, se lie au BDSM dans cet échange de pouvoir délibéré qui, en plus des sensations physiques, procure du plaisir en soi (Pitagora, 2019). 

Certaines personnes vont jouer sur les sensations et la tension entre plaisir et douleur, mais le pegging peut aussi s’exercer sans qu’on y associe un échange de pouvoirs ou une certaine soumission, puisque le sens d’une pratique est propre à chaque personne, BDSM ou non (Pitagora, 2013). D’ailleurs, comme on le mentionne plus bas, le pegging n’a pas à être douloureux si on est bien préparé·e.

Qu’on ait envie d’essayer le pegging parce que ça nous intrigue, pour explorer notre corps ou parce que c’est un méga turn on de jouer avec les dynamiques de pouvoir, cette pratique peut convenir à plusieurs  personnes pour différentes raisons, et ce, peu importe le genre ou l’anatomie sexuelle. Les fantasmes liés au pegging et aux scénarios utilisant un gode-ceinture sont tout à fait communs. Tout ce qu’il faut, c’est un anus et un petit kit de départ pour s’assurer de bien s’introduire à la pratique.

Comment on peg?

Essayer le pegging pour la première fois peut s’avérer plutôt intimidant. Certaines personnes ont peur de ressentir de la douleur ou ont une barrière en raison du caractère « interdit » de la pratique, ou ont peur de potentiels dégâts. Voici quelques éléments à considérer pour une entrée smooth en la matière :

Considération no 1 : communiquer

Illustration par Rosalie Lemire

Avant même d’enfiler un gode-ceinture, c’est important d’en discuter avec votre partenaire, de parler de vos attentes et de vos anticipations pour vous mettre en confiance et pour baliser votre pratique. Avez-vous envie d’inclure une dynamique de domination/soumission? Êtes-vous plutôt dans une exploration décomplexée? Voulez-vous intégrer un scénario? Tout est possible, mais surtout, tout doit être communiqué!

C’est aussi pertinent de déterminer un safe word, soit un mot que vous pouvez employer pour demander une pause ou mettre un terme aux activités lorsque vous ne vous sentez plus suffisamment confortable. Le safe word peut être de tout genre, mais doit surtout être distinctif. On va prioriser des termes comme des aliments, des couleurs ou des objets pour s’assurer qu’il n’y ait pas d’erreur de communication. 

Considération no 2 : s’équiper en lubrifiant

Illustration par Rosalie Lemire

Vous n’en aurez jamais trop, car ici, la glisse est votre meilleure amie. Contrairement au vagin, l’anus ne produit pas de lubrification naturelle. L’inconfort est donc garanti si vous n’utilisez pas ou pas assez de lubrifiant. 

Il vous faudra trouver celui qui vous convient parmi la panoplie disponible, mais aussi en choisir un qui fonctionne avec votre dildo (oui oui, il a son mot à dire lui aussi). On a justement un article qui démystifie tout ce qu’il faut savoir sur les lubrifiants.

Considération no 3 : choisir le bon matériel pour vous

Illustration par Rosalie Lemire

Il n’y a pas de gode-ceinture one size fits all : tout dépend des préférences personnelles.

Le dildo/gode

Il existe des dildos de toutes les tailles, de toutes les couleurs, de toutes les textures et parfois, avec toutes les technologies. La règle d’or pour les novices est d’y aller progressivement. Avec la taille surtout, mais aussi le anal play. Si vous n’avez jamais inséré d’objet dans votre anus, il est préférable de vous réchauffer en commençant par un doigt – le vôtre ou celui de votre partenaire – bien lubrifié lui aussi, ou encore par un jouet comme une plug anale. 

Mieux encore : commencez le fun avec une stimulation en surface de l’anus, à l’aide de doigt(s) ou de langue, pour vous stimuler et vous donner envie de plus. Vous pouvez même jouer avec vos organes génitaux. Ça vous permettra de vous détendre et d’activer la circulation sanguine pour éveiller les sensations anales et laisser savoir à votre anus qu’on s’apprête à lui rendre visite.

Le confort lors de cette étape est particulièrement important pour la personne pénétrée. Pour des raisons d’hygiène et d’entretien, il est aussi recommandé d’utiliser un dildo fait de matière non poreuse comme du silicone, du métal ou encore du verre. Le matériau peut aussi affecter le poids et les sensations. 

La comptabilité avec le harnais

Tous les dildos ne sont pas conçus pour être portés : il vous faut un dildo avec une base plate pour qu’il puisse être maintenu dans la ceinture ou le harnais. Vous pouvez aussi ajouter une base à votre dildo pour maximiser le confort lors des mouvements de va-et-vient si votre jouet préféré ne vient pas avec l’option « attache-moé, beubé ».

Le harnais ou la ceinture

Tout comme les dildos, il existe plusieurs styles de harnais ou de ceintures et on peut les choisir selon nos préférences en termes de confort et d’esthétisme. Certains modèles ont trois ganses (une autour de la taille et deux autour des jambes) pour permettre un accès aux organes génitaux de la personne qui pénètre, alors que d’autres recouvrent les organes génitaux avec une ganse ou avec du tissu pour maximiser le support. 

Lorsque vous les magasinez, prenez le temps de vous informer sur les avantages et les inconvénients de chaque modèle. Choisissez-en un qui est confortable, qui vous permet une certaine flexibilité dans le mouvement des hanches, et surtout, qui vous fait sentir comme la sex machine que vous êtes. 

Considération no 4 : être prêt·e à get down and dirty

Illustration par Rosalie Lemire

Si on compte entrer par la porte arrière, il se peut qu’on se retrouve exposé·e à des traces de selles, et c’est NORMAL. 

Répétons tout le monde ensemble : des traces de selles lors de pratiques anales, c’est NORMAL! 

Ça peut créer un petit malaise, oui, mais on évite d’être dans le jugement ou dans le dégoût. Si ça arrive, pas de panique : on nettoie les surfaces nécessaires et on change les draps par la suite. On s’assure aussi de laver le dildo entre chaque utilisation avec un nettoyant qui est sûr pour sa matière.

Parlant d’hygiène, c’est aussi important d’utiliser des méthodes de protection, comme un condom externe sur le gode-ceinture, si vous avez l’intention d’alterner les personnes ou les orifices qui sont pénétrés, tant pour éviter la transmission de bactéries que d’infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS).

Considération no 5 : choisir une position

Illustration par Rosalie Lemire

On associe souvent le pegging à la position de la levrette ou du doggy style, mais il est aussi possible de se faire peg par son partenaire en face à face, si la connexion par le regard vous allume. Ou encore, vous pouvez prendre le contrôle tout en étant peggé·e et vous mettre par-dessus votre partenaire pour jauger la profondeur et le rythme de pénétration du dildo dans votre anus. Et oui, on peut échanger les rôles sexuels durant le pegging, y’a rien qui vous arrête!

Maintenant que vous avez tout en main pour explorer la pénétration anale avec un harnais, il ne reste plus qu’à vous y adonner une, deux, trois… potentiellement plusieurs fois. En effet, malgré toute cette préparation, il se peut que vous ayez besoin d’un peu de pratique et d’ajustements pour trouver la formule qui vous convient le mieux. Faites donc preuve de patience et d’ouverture pour tous les potentiels « oups », « ouin… non finalement » ou les « je m’imaginais autre chose… » Après tout, practice makes perfect!

  • Aguilar, J. (2017). Pegging and the heterosexualization of anal sex: An analysis of Savage Love advice. Queer Studies in Media & Popular Culture, 2(3), 275-292.

    Anderson, E. (2008). ‘Being masculine is not about who you sleep with…’: Heterosexual athletes contesting masculinity and the one-time rule of homosexuality. Sex Roles 58(1–2): 104–115. https://doi.org/10.1007/s11199-007-9337-7

    Branfman, J., Stiritz, S., & Anderson, E. (2018). Relaxing the straight male anus: Decreasing homohysteria around anal eroticism. Sexualities, 21(1-2), 109-127. https://doi.org/10.1177/1363460716678560

    McBride, K. R. et Fortenberry, J. D. (2010). Heterosexual anal sexuality and anal sex behaviors: A review. Journal of Sex Research 47(2–3): 123–136. https://doi.org/10.1080/00224490903402538

    Pitagora, D. (2013). Consent vs. coercion: BDSM interactions highlight a fine but immutable line. New School Psychology Bulletin, 10(1), 27-36.

    Pitagora, D. A. (2019). Pleasure, power, or both? Heteronormativity, stigma, and the intersections of BDSM and anoreceptive heterosexual males. Journal of Humanistic Psychology, https://doi.org/10.1177/0022167819882148