La p’tite fissure : convalescence érotique

Illustration par Ohmondoux

Ça a commencé avec un petit inconfort. Un peu comme quand t’as un grain de blé d’Inde pogné entre deux molaires, un tout petit, tout rikiki grain, qui te fait pourtant réaliser qu’un minuscule défaut dans l’engrenage du corps fait tout planter et devient obsédant. Ben mon grain de blé d’Inde à moi, il était situé en bas de la ceinture.

J’étais obsessed avec mon rond de cuir, la gang. 

Éloge de la crotte molle 

Au fil des jours, c’était de plus en plus clair que quelque chose (fée) clochait avec mon troufion. Du sang dans mes selles et des sensations de brûlure extrêmes quand je passais sur le trône doré venaient s’ajouter à l’inconfort initial. Je veux pas trop donner de détails, même si je sais que vous en voulez pour les fins pis les fous mes cochon.ne.s, mais… j’avais crissement mal à l’anushhhh. 

J’suis pas du genre à sacrer, ma grand-mère m’a bien appris qu’il fallait utiliser les mots du bon Yieu avec parcimonie, mais calice que j’avais mal à l’anus.

Mon trou de cul était devenu le haut lieu de la souffrance, le septième sous-sol de l’enfer, un piège particulièrement vicieux de Décadence, le bûcher de Jeanne d’Arc. Bref, j’étais un martyr. 

– Bébé… je pense que j’ai une fissure anale! J’ai Pompéi entre mes deux fesses. 

Je partage tout avec mon copain, mais je vous avoue que de placer ces mots les uns à la suite des autres m’a demandé énormément d’humilité et très peu d’ego. Je venais de passer à la con-fesse. 

Lentement, devenir un Saint.

Mon chum étant aussi calé en médecine qu’une roche au fond d’un aquarium de bettas, j’ai décidé de me tourner vers mon meilleur ami du monde pour ce genre de problème (non, c’est pas internet, bien essayé – vous me reprendrez plus à écrire « fissure anale » dans la barre Google, les potes) : mon frère infirmier. 

Il m’explique que ce genre de problème est très commun. Watch out, you’re next! Il m’encourage à prendre des bains de siège, des émollients fécaux pour réduire la dureté de mes crottes et des Tylenol extra fort because, hein, c’est pas vrai que je vais souffrir quand ce genre de drogue est disponible en vente libre.  

– Hein, c’est tout? 

Ben oui, y’a rien à faire vraiment à part wait it out, se reposer, et prier pour pas faire de méga crottes douloureuses. Je sortis mon chapelet et demandai à Dieu de ramollir mes selles au plus criss. 

Pas besoin de vous dire que je me sentais aussi sexy qu’un cadavre d’opossum sur le bord d’un miniputt abandonné à Orlando. Amen. 

La douche froide du lièvre 

Et donc j’étais en grande convalescence, mon anus étant désormais un no man’s land. Le problème, c’est que mon copain et moi étions dans notre lune de miel sexuelle. Et ma « maladie » venait de jeter une douche froide sur notre feu brûlant. 

C’est pas des farces, dès qu’on avait une pause de Zoom de 5 minutes en simultané, on en profitait pour qu’il m’encule dans la pièce la plus proche : salle de bain, check; salle de lavage, check; couloir du salon, check; garde-robe à balais… Quoi! J’allais chercher du Pine-Sol le cul penché…

En somme, nous étions de vrais petits lièvres. 

Je sais pas trop pourquoi, mais au fil des mois de notre relation, je suis devenu presque entièrement bottom. Je me considère plutôt comme versatile; j’aime pas tellement les étiquettes, sauf quand elles annoncent que la livre de beurre est 3 pour 10 $. 

Mon copain avait vécu quelques expériences de shaming alors qu’il était bottom et éprouvait de la difficulté à s’abandonner quand je le pénétrais. C’était pas plus grave que ça : j’adore me faire enculer et… c’est pas pour me vanter… mais je suis très, très bon. Call me Anal Wintour! Tou-dou-tchhhh. 

Bref, il donnait, je recevais, on s’aimait, on fourrait… mais ça, c’était avant la fissure. Maintenant, il ne pouvait même plus effleurer ma cenne du bout des doigts sans que ça me fasse hurler à la lune. C’était vraiment une zone proscrite. 

Parfois, je mettais ma douleur de côté pour qu’il m’enduise le trou de Polysporin et ça nous faisait bander dur comme des casse-gueules. On aurait dit qu’il était mon infirmier sexy et moi son bénéficiaire. Je sais que c’est tordu, mais c’était tordant.

There’s a new top in town

– On se crosse-tu? 

Mon copain me demande ça, direct de même, comme un coup de sniper à Fortnite. Bang! Pas de préambule, rien. Who cares, I don’t need a préambule, beubé. 

Fuck oui, j’suis tellement horny

On baisse nos culottes comme des gamins et on commence à s’embrasser goulument en se caressant mutuellement. On dirait que depuis que mon anus est décédé (RIP), mon sexe est encore plus sensible. Il me masturbe en insistant sur mon gland gonflé à bloc, mauve comme une slush au raisin. Je gémis dans sa bouche. Il gémit dans la mienne en retour. Je dis :

– Veux-tu que j’te mange les couilles? 

Sa main qui fait descendre ma tête vers son entrejambe répond à sa place. Je lui tète les couilles comme des noyaux de nectarines pendant qu’il se masturbe énergiquement. Ma bave ruisselle jusqu’à son anus rose, légèrement poilu, sublime. 

C’est plutôt rare que je mange l’anus de mon copain. Mais là, on dirait qu’on est tous les deux pris d’une fièvre sexuelle. Sans crier gare, je lui agrippe les jambes et le fais basculer sur le dos, pour bien voir son trou. Je crache dans son anus offert et vais chercher la bave avec ma bouche gourmande. Il gémit comme je l’ai rarement entendu gémir et continue de se masturber. 

– Je peux te doigter? Un doigt. Tout doux. 

Il acquiesce de la tête. Je vais l’embrasser pour lui faire comprendre que je suis avec lui là-dedans. Je mets mon index dans sa bouche pour le lubrifier puis le glisse doucement dans son anus tellement, mais tellement serré. Fuck

Au fil des va-et-vient de mes doigts, son cul se dilate progressivement. Il s’ouvre à moi comme une délicate boîte de Pandore. Je continue de le rimmer pour ajouter de la bave. 

Et là, just like that, d’un souffle, sans hésiter, limpide, il dit : 

– Je veux ta queue en moi. 

– T’es sûr, mon coeur? 

– J’ai jamais autant voulu une queue en moi. 

Je l’embrasse à nouveau, agrippe la bouteille de lubrifiant à base d’eau dans la table de chevet (fuck le silicone, j’ai taché maints draps avec cette invention diabolique) et recouvre mon sexe du liquide brillant. J’en ajoute aussi sur son anus et sur sa queue dure pour que tout glisse à la perfection. 

Je commence par entrer mon gland doucement en lui, pas de capote, merci bonsoir. (Les plaisirs d’être en couple fermé depuis un an, testé pour la gloire!) J’ai le gland plutôt large, donc j’y vais très, très lentement. Je sens son anus se détendre autour de mon sexe et l’avaler sans effort. 

Soupirs partagés. Le plus difficile est derrière nous. Je suis maintenant entièrement en lui. C’est tellement particulier. Ça devait faire deux ans que je ne l’avais pas pénétré. Quel boner, quel bonheur. C’est tellement bon. Tellement chaud en lui. Tellement agréable de voir son visage jubiler de plaisir à chaque coup de bassin savamment exécuté. 

Tellement divin de le remplir de mon sperme chaud. 

Brûlant. Épais. 

Ouf! 

Une nouveauté qui fesse 

Au fil des semaines qui ont suivi cet ébat piquant comme de la sriracha infusée de tabasco, on s’est comme mis à donner beaucoup, beaucoup d’amour à l’anus de mon copain, le mien étant encore un grand malade. 

Plus les relations sexuelles se succédaient, plus il prenait confiance en lui. Il était plus gourmand lorsque venait le temps de jouer avec son anus, plus avisé aussi de ce qu’il aimait avec l’anal et de ce qu’il voulait essayer.

Ce petit grain dans l’engrenage qu’était ma fissure nous a obligés à nous réinventer pis à trouver d’autres façons d’avoir du plaisir ensemble. 

C’était un magnifique terrain d’exploration. Un peu comme si, en étant obligé de pogner une route de campagne au lieu de l’autoroute, on avait pris le temps d’explorer, de ralentir, de renifler un bon coup, pis de découvrir un lopin de cul inédit. 

Et quel lopin de cul! 

Maintenant, plusieurs mois plus tard, je peux affirmer qu’on est désormais pas mal versatiles dans nos ébats sexuels. C’est beaucoup plus riche et varié. Je découvre toute une facette vulnérable et généreuse de son corps et de son rapport au plaisir. Comme si la contrainte avait révélé une richesse. Je le pénètre, il me pénètre, nous nous pénétrons, lichons, caressons, amen. Flip-flop, comme on dit. 

La sexualité, des fois, on dirait que c’est comme des petites vignes qui trouvent leur chemin malgré tout. Ça se ramifie, ça combat, ça germe à nouveau, ça trouve même le moyen de fleurir.  

Eh oui, je viens de vous servir un bouillon de poulet pour l’âme de mon trou d’cul. 

Ah, parlant de lui, il se porte très bien et est de nouveau entièrement fonctionnel. Merci de le demander, c’est ben smath

Rédaction de cet article
  • Son amour du langage le fait parfois sourire béatement devant le mot « cucurbitacée », qui épouse parfaitement les rondeurs colorées et les courbes coquines de la courge qu’il désigne. Cette étrange adéquation entre les signes et les choses lui ont fait dédier une partie de sa vie à l’étude de la littérature et à l’écriture de la poésie. La langue, un peu comme un corps, lui apparait pleine de revers mystérieux et de zones érogènes vieillissant avec nous. Il est concepteur-rédacteur pour une petite agence de Montréal et n’a pas peur de saboter une bio en la terminant avec un anglicisme scabreux. Hell no!

Annotations de cet article
  • Emmanuelle jongle avec de très nombreux champs d’intérêt, mais s'intéresse particulièrement aux aspects biomédicaux, anatomiques et physiologiques de la santé sexuelle et reproductive. Elle est présentement candidate au doctorat en santé publique, ce domaine étant un créneau idéal lui permet de conjuguer les aspects biologiques, sociaux, culturels, historiques et politiques de la santé sexuelle avec sa fibre militante. Son projet de thèse porte sur la santé sexuelle des femmes ayant vécu une «mutilation» génitale, projet s’inscrivant dans une perspective féministe et sex-positive. Emmanuelle aime contribuer à l’avancée des connaissances scientifiques, mais adore par-dessus tout le fait de critiquer, de synthétiser et de vulgariser la science pour la rendre accessible à tou.te.s. Elle oscille entre son penchant vers la théorie et la rigueur scientifique et son intérêt pour le côté plus pratique, plus libre, mais surtout plus humain de la science. Elle aime par-dessus tout créer des liens entre différents domaines, entre ses différentes passions, mais en essayant toujours de sortir des sentiers battus.