Me semble que ça fait longtemps qu’on n’a pas eu de sexe. Une semaine? Neuf jours? J’espère qu’elle ne pense pas que je ne la désire plus. Mais c’est qu’en ce moment, le sexe ne me tente pas vraiment. Ça serait le fun de juste s’écraser ensemble, collé collé devant la télé. Mais… est-ce qu’elle va penser qu’il y a un problème dans notre relation? Crap. Mieux vaut faire les premiers pas. On est dû anyway et elle serait sûrement contente et rassurée.

Homme

Ça fait déjà plus d’une semaine qu’on n’a pas baisé. Si ça continue de même, il va commencer à penser que je ne l’aime plus! Mais je ne suis pas vraiment dans le mood. En ce moment, je serais tellement satisfaite qu’on fasse juste se coller en regardant Friends. Mais au cas où, je ne vais pas lui dire la prochaine fois qu’il initie. Better safe than sorry.

Femme

Sounds familiar? On a souvent l’attente que l’on « doit » avoir des relations sexuelles régulièrement, voire plusieurs fois par semaine, si l’on souhaite maintenir sa relation. Cela peut mener plusieurs personnes à dire oui à leur partenaire alors qu’elles n’en ont pas envie..

Combien de personnes jouent aux fesses sans être dans le mood?

Selon certaines recherches, près de la moitié des jeunes femmes et entre le quart et le tiers des jeunes hommes (O’Sullivan et Allgeier, 1998; Sprecher et al., 1994) ont consenti à des relations sexuelles sans ressentir de désir sexuel, et ce, même en absence de violence et de coercition de la part de leur partenaire. Dans certains cas, ces parties de jambes en l’air sont initiées par la personne qui n’est pas dans le mood. Par exemple, une étude canadienne menée auprès de jeunes hétéros (18 à 24 ans) a trouvé que, chez les femmes comme chez les hommes, près d’une relation sexuelle sur six est non désirée, mais que la plupart de ces dernières sont initiées par les hommes (Vannier et O’Sullivan, 2010).

Bref, l’ensemble de ces recherches démontrent qu’on a beaucoup de maintenance sex et qu’il est souvent initié par des hommes qui ne sont pas dans le mood et accepté par des femmes qui ne le sont pas plus.  

Le sexe sans désir : bonne ou mauvaise idée?

On entend souvent qu’on ne devrait jamais avoir de relations sexuelles quand on n’est pas dans le mood ou que la présence du désir sexuel est une condition absolument nécessaire pour que le sexe soit non seulement perçu comme fun, mais également éthique.

Bien qu’il soit difficile d’être en désaccord avec l’idée que le sexe avec désir est plus passionnel et excitant que le sexe sans désir, il faut tout de même distinguer le désir sexuel du consentement sexuel.

Comme mentionné plus haut, il est possible, voire fréquent, de librement consentir à des relations sexuelles sans être dans le mood. Une relation sexuelle sans désir peut donc être éthique. Mais la question qui brûle les lèvres est : « le sexe sans désir est-il problématique? » 

Selon la recherche, ça dépendrait beaucoup de ce qui nous a motivé.e à avoir la relation sexuelle (Impett et al., 2005). On peut être motivé.e par le fait de gagner quelque chose de positif, comme retirer du plaisir de voir son ou sa partenaire vivre du plaisir, ou combler des besoins de proximité et d’intimité. Les études montrent que les personnes qui choisissent d’avoir des relations sexuelles pour gagner quelque chose de positif ont tendance à avoir plus de désir et de satisfaction et à les maintenir à travers le temps (Impett et al., 2008; Muise, Impett et Desmarais, 2013; Muise, Impett, Kogan et al., 2013). 

À l’inverse, le choix d’avoir une relation sexuelle sans désir peut être motivé par l’évitement de quelque chose de négatif: la honte, la culpabilité, se faire quitter par son ou sa partenaire, que son ou sa partenaire soit fâché.e ou déçu.e, etc. Les mêmes études montrent que les personnes qui disent oui quand c’est non afin d’éviter une conséquence ou une émotion négative voient leur désir et satisfaction diminuer avec le temps. 

C’est important de comprendre nos motivations sexuelles, parce qu’elles reflètent nos besoins et nos émotions. Si on ressent du plaisir, de l’excitation, de la curiosité ou un sens de l’aventure à l’idée d’avoir des relations sexuelles sans pour autant être dans le mood, eh bien pourquoi pas? 😉

Si on ressent plutôt de la honte ou de la culpabilité à l’idée de refuser les avances de notre partenaire ou un soulagement à l’idée d’acheter la paix, c’est peut-être l’occasion de réfléchir à ses besoins et d’avoir une discussion honnête et ouverte avec son ou sa partenaire.

Après tout, à la longue, acheter la paix peut mener à du ressentiment. Mieux vaut prévenir que guérir! Si l’idée d’avoir une relation sexuelle ne nous chante vraiment pas, il y a moyen de combler les besoins d’intimité de notre partenaire autrement. Par exemple, on peut:

  • Être présent.e avec son ou sa partenaire pendant qu’il ou elle se donne du plaisir sexuel avec ses doigts, ses mains ou avec un jouet sexuel;
  • Se coller avec l’entente qu’il n’y aura pas d’activités sexuelles ;
  • Se donner des massages;
  • S’écraser ensemble sur le divan à regarder un bon film;
  • Etc.

La liste de possibilités est aussi longue que notre imagination est fertile 😊 Cela dit, il est également important de garder à l’esprit que pour plusieurs personnes, l’appétit vient en mangeant. That’s right! Pour plusieurs personnes, le désir sexuel ne survient pas avant, mais pendant les relations sexuelles (Basson, 2000). Ceci signifie que, pour plusieurs, c’est correct, voire normal, de commencer des activités sexuelles sans être dans le mood. Cela dit, si les braises du désir ne sont pas attisées pendant les relations sexuelles, c’est aussi 100% correct de changer d’idée et de retirer son consentement.  

Avoir des relations sexuelles plusieurs fois par semaine : une attente réaliste? 

Plus on joue aux fesses, plus on est satisfait.e.s dans notre relation, right? Eh bien, selon une grande étude à l’échelle nationale aux États-Unis, il paraît que la fréquence des activités sexuelles joue effectivement un rôle important dans le bien-être relationnel, mais pas au-delà d’une fréquence d’une fois par semaine (Muise, Schimmack et al., 2016). Autrement dit, le sexe régulier est bénéfique pour les relations, mais en principe, les personnes qui ont des relations sexuelles deux fois ou plus par semaine sont aussi satisfaites dans leur relation que celles qui en ont une seule fois par semaine.  

Cela dit, voici deux points hyper importants à souligner sur le désir sexuel en contexte de relation qui peuvent avoir une influence sur la fréquence des relations sexuelles : 

  1. L’immense hausse de passion qu’on ressent en début de relation – celle qui nous garde éveillé.e.s jusqu’à 3h du matin à texter notre lover, nous donne des papillons dans le ventre et nous transforme en chauds lapins – ne serait que temporaire. Ce genre de high sexuel et amoureux diminue avec la durée de la relation, peu importe le genre (Klusmann, 2002; Murray et Milhausen, 2012). C’est donc tout à fait normal d’avoir moins de désir pour son ou sa partenaire après six mois, un an ou trois ans de relation. Et cette diminution n’est pas automatiquement signe que c’est le début de la fin! 
  2. Il est normal que le désir sexuel fluctue au cours de sa vie en fonction du contexte, des événements de vie et d’autres éléments psychologiques et relationnels : un problème de santé physique ou mentale, un accouchement, une nouvelle job, du ressentiment envers son ou sa partenaire, l’ostie de pandémie, etc. (Nagoski, 2015; Montemurro, 2014). 

Donc pour répondre à la question « Est-ce réaliste? » : oui et non. Si avoir des relations sexuelles plusieurs fois par semaine est agréable, plaisant, recherché et consensuel pour les deux partenaires (ou plus), then go for it. En revanche, si c’est avec l’objectif de maintenir la même fréquence sexuelle qu’en début de relation 10, 5 ou même 2 ans down the road, ou encore pour répondre à une pression sociale comme quoi un couple « en santé » devrait maintenir une certaine fréquence d’activités sexuelles, ce n’est pas très réaliste. Dans tous les cas, il ne faut pas se sentir anormal.e ou démoralisé.e si on (ou si son ou sa partenaire) n’a pas toujours envie de sexe ou si on n’en a pas plusieurs fois par semaine. Il faut être conscient.e de son « normal » et s’accepter comme on est et ne pas oublier que les fluctuations de désir n’ont souvent rien à voir avec l’amour qu’on ressent envers son ou sa partenaire (ou vice-versa)! 😊

Les inégalités de désir sexuel entre partenaires sont-elles normales?

On a souvent l’attente que, dans une relation « parfaite », les deux personnes soient toujours horny en même temps, mais la réalité reste que plusieurs personnes ont beaucoup moins (ou beaucoup plus) de désir sexuel que leur partenaire. En fait, la baisse (ou l’absence) de désir sexuel est la difficulté sexuelle la plus rapportée, peu importe le genre (eh oui, ce ne sont pas que les femmes qui éprouvent des baisses importantes de désir sexuel; Mitchell et al., 2013). 

Les inégalités de désir sexuel peuvent également être une source de mésententes, de conflits ou d’insatisfaction au sein de la relation. Il est important de souligner que les inégalités de désir sont normales! Les études menées auprès de personnes hétérosexuelles et qui ont collecté les données auprès des deux partenaires ont trouvé que dans 50% des relations, un.e partenaire a moins de désir que l’autre (dans la moitié de ces relations, ce sont les femmes, et dans l’autre moitié, ce sont les hommes; Davies et al., 1999; Mark, 2012; Mark et Murray, 2012; Mark, 2015). 

Cela dit, on est parfois très mauvais juge du désir de son ou sa partenaire. Selon certaines études menées auprès de personnes hétérosexuelles, les hommes en relation ont, en moyenne, tendance à sous-estimer le désir sexuel de leur partenaire (Dobson et al., 2018; Muise, Stanton et al., 2016), et les femmes, à le surestimer (Dobson et al., 2018). Néanmoins, même dans les relations dans lesquelles les deux partenaires ont autant de désir sexuel, c’est également normal de ne pas toujours être dans le mood en même temps. On n’est pas toujours synchronisé dans tout (en fait, who is?), et c’est ben correct.

Voilà pourquoi il est donc toujours une bonne idée de communiquer avec son ou sa partenaire pour s’assurer d’être sur la même page. 

Messages clés

Pour résumer, le désir sexuel est complexe et nuancé! Voici un petit récap :

  • Le sexe sans désir est fréquent au sein des relations et, lorsqu’il est motivé par des émotions et des raisons « positives », il n’est pas problématique. Au contraire, il peut même maintenir ou augmenter le désir et la satisfaction à travers le temps.
  • Plus n’est pas toujours mieux : Avoir des relations sexuelles régulièrement peut jouer un rôle important dans le bien-être relationnel, mais seulement jusqu’à une fréquence d’une fois par semaine, après quoi ça ne semble plus faire de différence.
  • La baisse de désir sexuel à travers le temps est normale au sein d’une relation.
  • Les inégalités de désir entre partenaires sont normales. C’est en fait le cas chez un couple sur deux!

Comment ça se passe dans ta relation? Te reconnais-tu dans cet article? N’hésite pas à nous laisser ton témoignage sur le Confessionnal, c’est anonyme.

  • Basson, R. (2000). The female sexual response: A different model. Journal of Sex & Marital
    Therapy, 26(1), 51-65. https://doi.org/10.1080/009262300278641

    Davies, S., Katz, J., et Jackson, J. L. (1999). Sexual desire discrepancies: Effects on sexual and
    relationship satisfaction in heterosexual dating couples. Archives of Sexual Behavior, 28(6), 553-567. https://doi.org/10.1023/A:1018721417683

    Dobson, K., Campbell, L., et Stanton, S. C. (2018). Are you coming on to me? Bias and
    accuracy in couples’ perceptions of sexual advances. Journal of Social and Personal Relationships, 35(4), 460-484. https://doi.org/10.1177/0265407517743081

    Impett, E. A., Peplau, L. A., et Gable, S. L. (2005). Approach and avoidance sexual motives: Implications for personal and interpersonal well-being. Personal Relationships, 12, 465-482. https://doi.org/10.1111/j.1475-6811.2005.00126.x

    Impett, E. A., Strachman, A., Finkel, E. J., et Gable, S. L. (2008). Maintaining sexual desire in intimate relationships: The importance of approach goals. The Journal of Personality and Social Psychology, 94(5), 808-823. https://doi.org/10.1037/0022-3514.94.5.808

    Klusmann, D. (2002). Sexual motivation and the duration of partnership. Archives of Sexual
    Behavior, 31(3), 275-287. https://doi.org/10.1023/A:1015205020769

    Mark, K. P. (2012). The relative impact of individual sexual desire and couple desire discrepancy on satisfaction in heterosexual couples. Sexual and Relationship Therapy, 27(2), 133-146. https://doi.org/10.1080/14681994.2012.678825

    Mark, K. P., et Murray, S. H. (2012). Gender differences in desire discrepancy as a predictor of sexual and relationship satisfaction in a college sample of heterosexual romantic relationships. Journal of Sex & Marital Therapy, 38(2), 198-215. https://doi.org/10.1080/0092623X.2011.606877

    Mark, K. P. (2015). Sexual desire discrepancy. Current Sexual Health Reports, 7(3), 198-202.
    https://doi.org/10.1007/s11930-015-0057-7

    Mitchell, K. R., Mercer, C. H., Ploubidis, G. B., Jones, K. G., Datta, J., Field, N., … et Wellings, K. (2013). Sexual function in Britain: findings from the third National Survey of Sexual Attitudes and Lifestyles (Natsal-3). The Lancet, 382(9907), 1817-1829. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(13)62366-1

    Montemurro, B. (2014). Deserving desire: Women’s stories of sexual evolution. Rutgers
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    Muise, A., Impett, E. A., Kogan, A., & Desmarais, S. (2013). Keeping the spark alive: Being motivated to meet a partner’s sexual needs sustains sexual desire in long-term romantic relationships. Social Psychological and Personality Science, 4(3), 267-273. https://doi.org/10.1177/1948550612457185

    Muise, A., Impett, E. A., & Desmarais, S. (2013). Getting it on versus getting it over with: Sexual motivation, desire, and satisfaction in intimate bonds. Personality and Social Psychology Bulletin, 39(10), 1320-1332. https://doi.org/10.1177/0146167213490963

    Muise, A., Schimmack, U. et Impett, E. A. (2016). Sexual frequency predicts greater well-being, but more is not always better. Social Psychological and Personality Science, 7(4), 295-302. https://doi.org/10.1177/1948550615616462

    Muise, A., Stanton, S. C., Kim, J. J., et Impett, E. A. (2016). Not in the mood? Men under-(not over-) perceive their partner’s sexual desire in established intimate relationships. Journal of Personality and Social Psychology, 110(5), 725. https://doi.org/10.1037/pspi0000046

    Murray, S. H., et Milhausen, R. R. (2012). Sexual desire and relationship duration in young men and women. Journal of Sex and Marital Therapy, 38(28), 28-40. https://doi.org/10.1080/0092623X.2011.569637

    Nagoski, E. (2015). Come as you are: The surprising new science that will transform your sex
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    O’Sullivan, L. F., et Allgeier, E. R. (1998). Feigning sexual desire: Consenting to unwanted sexual activity in heterosexual dating relationships. The Journal of Sex Research, 35(3), 234-243. https://doi.org/10.1080/00224499809551938

    Shotland, R. L., Hunter, B. A. (1995). Women’s “token resistant” and compliant sexual behaviours are related to uncertain sexual intentions and rape. Personality and Social Psychology Bulletin, 21(3), 226-236. https://doi.org/10.1177/0146167295213004

    Vannier, S. A., et O’Sullivan, L. F. (2010). Sex without desire: Characteristics of occasions of sexual compliance in young adults’ committed relationships. Journal of Sex Research, 47(5), 429-439. https://doi.org/10.1080/00224490903132051

Rédaction de cet article
  • Franco-Ontarienne originaire d’Ottawa, Léa Séguin a réalisé ses études en psychologie (Université d’Ottawa) et en Family Relations and Human Development (University of Guelph) avant de compléter un doctorat en sexologie à l’Université du Québec à Montréal. Passionnée de la sexualité, Léa continue de mener des recherches sexologiques, notamment sur l’orgasme et sa simulation, la communication sexuelle et les représentations sociales de la sexualité. Au sein du Club Sexu, Léa porte plusieurs chapeaux dont ceux d’administratrice, de consultante scientifique et de rédactrice.