Tu viens de recevoir un résultat positif pour une ITSS. Ouf ! Ça ne faisait probablement pas partie de ta to do list du moment – et devoir en parler à ton/ta/tes partenaire.s encore moins. On te comprend; une grande stigmatisation et plusieurs mythes entourent les ITSS. C’est déjà une étape d’accepter qu’on en a une, et c’en est une autre de le dire à notre ou nos partenaires sexu.

Tu as peut-être reçu ton diagnostic depuis plus longtemps et tu apprends à vivre avec une ITSS dont on ne peut pas guérir complètement. Tout un défi de colocation! Ça devient aussi un défi de communication au moment d’aborder le sujet avec un.e partenaire potentiel.le.

C’est normal d’avoir peur de la réaction de l’autre ou du rejet.

Parfois, on a même déjà eu une expérience négative de dévoilement qui nous donne envie de rester bien isolé.e. chez nous, même si les terrasses sont (finalement) ouvertes. 

Mais au fond, tu sais que le dire à ta ou tes flammes, c’est le bon move:

  • Selon l’Agence de santé publique du Canada, le dévoilement réduit considérablement le risque de transmission des ITSS. Autrement dit, plus on dévoile, plus la transmission diminue, moins il y a de risque de contracter l’infection. Un petit pas à faire pour toi, mais un grand pas pour la santé publique!
  • Si ton/ta/tes partenaire.s sont au courant, ça sera bien plus facile de négocier l’utilisation de méthodes de protection – surtout si vous n’en utilisiez pas auparavant.
  • Ça engage une discussion essentielle qu’on devrait avoir avec tout.e partenaire sexuel.le sur votre santé sexuelle.
  • Même si ça semble difficile d’en parler, tu risques de te sentir mieux et soulagé.e après. 

Plus spécifiquement, pour celles et ceux qui vivent avec une ITSS au quotidien, les expériences de dévoilement ont mis en lumière d’autres avantages:

  • C’est une bonne façon d’avoir des parties de fesses, puisqu’en communiquant ton diagnostic, tu pourras avoir des relations sexuelles protégées. 
  • C’est un nouvel outil pour filtrer les partenaires potentiel.le.s. Ça peut être difficile de faire assez confiance à quelqu’un pour dévoiler son diagnostic. Mais en choisissant à qui le dire, tu peux sélectionner la crème de la crème afin de te sentir accepté.e et apprécié.e sans cacher certaines facettes de ta réalité. 
  • C’est un booster pour la confiance et l’intimité, puisque tu te montres plus vulnérable tout en assurant leur protection. Ça montre que tu es une personne honnête et digne de confiance!

Maintenant que tu es aussi convaincu.e qu’après une annonce de ShamWoW, par où commencer ? 

Il n’y a pas de méthode parfaite: chacun.e y va de son propre cru. L’important est surtout de rester authentique. Par contre, quelques guidelines n’auront jamais fait de mal à personne, donc voici les dos and don’ts pour garantir un dévoilement plus smooth que les pickup lines de ton nouveau match Tinder.

Dos

Choisir le bon moment et le bon lieu

Parfois, un simple appel ou un texto suffit pour l’annoncer. Si c’est le cas, tu peux d’abord vérifier que la personne est disponible en lui demandant: « Est-ce que c’est un bon moment pour parler ? » ou « J’aurais quelque chose à te dire, es-tu dispo? » Comme ça, si la personne n’est pas seule ou n’est pas disposée, tu peux toujours choisir un autre moment. L’important est que la personne soit réceptive et attentive.

Si tu préfères en parler face à face, c’est essentiel de choisir un endroit où tu te sentiras à l’aise. De préférence, choisis un lieu calme et intime, où tu n’auras pas à hurler par-dessus le speaker de ton ami au parc ou à chuchoter parce que tu es dans la file à la crèmerie. Prévois aussi un moment pour en parler où il n’y a rien qui presse, où tu pourras aborder la situation plus en détail au besoin afin de transmettre toutes les infos pertinentes, comme les modes de transmission, les méthodes de protection ou encore les ressources où la personne pourra aller faire un dépistage. Plusieurs ressources sont listées sur le site web du DépistaFest.

Sortir tes plus beaux skills de communication

C’est le moment d’utiliser tes talents en exposés oraux. La clé du succès est dans la présentation de l’information #ÇaVaBienAller. Tente de parler avec assurance et de façon détendue. Le stress, c’est contagieux, encore plus que les ITSS! Si tu sens que la nervosité t’envahit ou transparaît, tu peux simplement la nommer: « Je me sens nerveux.euse de te dire ça parce que je care. ». L’idée, c’est de favoriser une discussion moins alarmiste qu’un téléjournal de TQS. Faut se le dire et se le redire: une ITSS, ça peut arriver à n’importe qui! 

Par exemple, tu peux aller droit au but et dire :

« Je suis allé.e me faire dépister et j’ai eu un résultat positif à la chlamydia. Puisqu’on s’est vu il y a peu de temps, je voulais t’avertir pour que tu puisses y aller à ton tour. »

Sans nécessairement glisser ton annonce Info-Santé entre deux suggestions de cidre gourmand, c’est correct d’avoir une approche qui dédramatise la chose et de ne pas en faire une discussion thérapeutique. Et il n’y a rien de mieux que d’être informé.e et prêt.e à répondre aux questions pour rassurer la personne.

Est-ce que le dévoilement de ton test positif à une ITSS vient avec une révélation d’infidélité? C’est le moment d’y aller avec beaucoup de douceur et de faire preuve de tact et d’empathie. La personne risque de réagir plus fortement et il va falloir l’accueillir. L’important, c’est de lui faire comprendre que oui, l’erreur a mené à un risque pour elle, mais que tu lui dis parce que tu tiens à sa santé avant tout. Le message que ça envoie, c’est que tu es prêt.e à avoir cette discussion difficile parce que sa santé est plus importante à tes yeux que tout le reste. 

Rester aussi zen qu’un.e yogi dans une retraite au Costa Rica

On réagit tou.te.s différemment. Il se peut que tu te retrouves devant une personne qui ca-po-te ou au contraire une personne qui le prend avec un grain de sel. L’important, c’est que tu puisses rester calme et que tu démontres de l’ouverture pour ne pas envenimer la situation.

Si tu vois que la personne aurait besoin d’une tisane à la camomille, tu peux en profiter pour partager brièvement ce que tu as vécu avec des phrases comme : 

  • «Je comprends que tu sois stressé.e, moi aussi je l’étais. »
  • «J’étais tout aussi surpris.e que toi par le résultat, mais je suis content.e de le savoir. Si tu vas te faire dépister toi aussi, au moins, tu en auras le cœur net. » 

Comme ça, si ton/ta/tes partenaire.s ont des inquiétudes, ils ou elles pourront te les partager en retour et ça sera alors plus facile pour toi de les rassurer. 

Si le besoin de préserver l’anonymat te bloque dans ta démarche de dévoilement, il existe des ressources, comme le portail VIH/sida du Québec, qui offrent un service anonyme de notification de partenaires, qui les contactera en toute confidentialité si tu fournis leur numéro de téléphone. 

Faire ton enquête au préalable

Comme il se peut que ton/ta/tes partenaire.s aient des questions, assure-toi d’avoir plus d’un tour dans son sac. Informe-toi un minimum sur l’ITSS en question: ses modes de transmission, les symptômes et les traitements possibles. Tu ne veux pas laisser la personne dans l’ignorance pour qu’elle cherche en mode free solo sur Google Images… crois-nous ! On a d’ailleurs toute une section consacrée aux ITSS sur le site web du DépistaFest. Tu peux aussi consulter le site des cliniques Prélib ou Quorum pour avoir toute l’information dont tu as besoin sur les ITSS. 

Être prêt.e à fournir toute l’information nécessaire te permettra de normaliser la situation et de mieux communiquer à la personne où aller faire un dépistage, à quoi ressemble le traitement et, si c’est une ITSS sans possibilité de guérison totale, comment vous allez pouvoir éviter la transmission ensemble. Ça ne peut que mettre la personne en confiance.

Practice makes perfect

Avant un dévoilement en face à face, n’hésite pas à te pratiquer avec une personne de confiance si tu en ressens le besoin, comme ton ami.e, ton/ta coloc ou même ton chat! Ça va te rendre plus confiant.e et c’est une bonne occasion de tester la formulation que tu vas préférer employer. Si tu considères plutôt envoyer un message écrit, prends le temps de te relire et peut-être de le partager à ton/ta best pour tester le matériel. 

Et si tu ressens le besoin de faire un aveu, ou même juste de sortir le méchant avant d’en parler aux personnes concernées, le Confessionnal du Club Sexu est là pour ça et est 100% anonyme! 

Don’ts

Te lancer dans un monologue d’art dramatique

Ça peut sembler évident, mais évite d’en faire un drame et de faire paraître la situation pire qu’elle ne l’est réellement.

Si tu paniques, l’autre panique, tout le monde panique !

On s’entend, contracter une ITSS, c’est pas comme gagner au loto, mais c’est pas la fin du monde non plus. Il va falloir trouver le bon équilibre entre prendre la situation au sérieux pour montrer à la personne qu’on tient à sa santé et lui donner l’impression d’être dans un épisode de Grey’s Anatomy. Si tu te sens sur le point de performer une tragédie grecque, respire, retourne voir les bonnes infos et pratique-toi pour gagner en confiance. 

Négliger les méthodes de protection physique

Éviter de se protéger lors d’une relation sexuelle après avoir obtenu un résultat positif, c’est se magasiner une réaction bien plus négative au moment de l’annoncer.

Assure-toi de parler de ton résultat avant et d’utiliser des méthodes de protection pour éviter la transmission. Après tout, c’est important de respecter le consentement de l’autre, qui doit être libre, mais aussi éclairé, ce qui veut dire que la personne doit être informée des risques de transmission. 

Vous aviez omis la protection avant que tu reçoives le résultat positif? Oups ! Honest mistake. Précise simplement que vous avez pris un risque ensemble et que tu ne connaissais pas ton statut à ce moment-là, mais qu’il serait important qu’il ou elle aille se faire dépister. 

Choisir un mauvais moment… ou pas de moment du tout

C’est une bonne idée de prendre son temps pour se préparer, mais faudrait pas non plus que ça se transforme en année sabbatique! Plus tu attends, plus les conséquences peuvent être importantes. La personne pourrait avoir des impacts graves sur sa santé et, si vous n’êtes pas en relation exclusive, mettre à risque d’autres partenaires. C’est normal de vivre un certain stress, mais si tu as l’esquive facile, prends-toi à ton propre jeu et lâche un « J’ai quelque chose à te dire. ». Après ça, t’as plus d’autre choix que d’avancer 😉 

Par ailleurs, choisir un mauvais moment pour en parler, comme après une relation sexuelle (même protégée), pourrait envenimer la situation si la personne ressent que tu l’as mise à risque alors que tu étais au courant. 

Finalement, éviter complètement le sujet ou attendre que la personne aille se faire dépister n’est pas non plus une solution . La plupart des ITSS ne comportent aucun symptôme, ton/ta/tes partenaire.s pourraient être infecté.e.s et en infecter d’autres sans le savoir. C’est très important que tu en parles pour que tout le monde aille se faire tester et, si besoin est, se faire traiter. 

Te sentir coupable

Ce n’est pas un confessionnal ou un procès à la Cour suprême. Tu as même pris le temps de lire cette marche à suivre pour en parler à la personne, ce qui est déjà pas pire pantoute!

Il n’y a pas de quoi avoir honte: tu as été responsable en allant passer un test de dépistage et tu l’es encore plus maintenant en informant ta date du résultat. 

Et guess what ? C’est possible que ton/ta/tes partenaire.s aient quelque chose à te dire aussi. C’est important de parler de ses tests et de ses résultats, mais c’est aussi important de s’informer de la santé de ta date si tu as l’intention de la revoir ou de laisser tomber les méthodes de protection. 

Enfin, il est toujours possible de recevoir une réaction négative, mais sache qu’en aucun cas dévoiler un résultat positif à un test de dépistage est une excuse à la  violence : tu mérites le respect. 

… Et après ?

Il se peut que la personne se fasse dépister, que vous preniez les traitements prescrits s’il y a lieu, que vous utilisiez les modes de protection adéquats et que la vie continue. Il se peut aussi que la personne ait besoin d’un peu de temps pour absorber la nouvelle, et c’est correct. Laisse-lui l’espace et le temps nécessaire, et fais-lui savoir que tu es là pour répondre à ses questions ou la référer à des ressources.

Et voilà ! Tu es prêt.e pour ton prochain dévoilement. Bonne chance, et rappelle-toi: ITSS ou pas, ça ne change rien à l’incroyable personne que tu es – ni à ta glorieuse paire de fesses 😉

Rédaction de cet article
  • Morag Bosom est chercheure et candidate au doctorat en sexologie. Son expérience en recherche l’a mené à travailler sur les questions des communautés LGBTQ+ en ligne, de la non-monogamie consensuelle et des expériences des personnes situées à l’intersection de la diversité sexuelle et de la diversité ethnoculturelle au Québec. Membre du Club Sexu depuis plus d’un an, elle aime beaucoup questionner les normes associées à la sexualité et contribuer à favoriser les discussions sur la sexualité sans tabou.