Défi 1 mois dans porno : Sébastien

Un pseudonyme est utilisé pour préserver l’anonymat de l’auteur.

Jour 1

Je me présente. Sébastien. J’ai 31 ans. Je suis un homme bisexuel. Je suis en couple avec une femme depuis quelques mois. Je consomme de la pornographie depuis que j’ai environ 16 ans. Par contre, à bien y penser, j’utilise du matériel visuel pour me stimuler depuis que j’ai 8 ans. Faut dire qu’à un certain âge, la moindre courbe sur un personnage animé suffit pour me donner chaud au bas-ventre.

Ma consommation pornographique est quasi quotidienne, exception faite aux jours passés avec ma copine. Le reste du temps, je peux me masturber d’une à quatre fois par jour, toujours en ayant recours à de la porn.

Keywords : bisexual male, pegging, XConfessions, LustCinema

Aujourd’hui, mon ami Laurent m’a lancé un défi qui promet d’être ardu : un mois sans pornographie. Pour les semaines qui suivent, je ne pourrai assouvir mes pulsions en solo qu’en ayant recours à mon imagination ou lors de parties de jambes en l’air avec ma copine.

Cette première journée s’est rapidement écoulée sans même que je ne pense à la porno. Le soir, profitant de l’absence des colocs de ma copine, elle et moi avons fait l’amour sur le tapis du salon. Nous avons pratiqué du sexe anal. Ça ne nous arrive pas souvent, mais cette fois-ci a été mémorable. Pour la première fois, elle a atteint l’orgasme par stimulation anale. Moi aussi d’ailleurs. Facile de se passer de porno quand j’ai une aussi belle chimie au lit avec ma douce moitié.

Jour 2

Aujourd’hui, en pensant à tout le matériel pornographique qui sortira dans le mois qui suit, je me suis dit que j’allais avoir du rattrapage à faire.

Je me demande d’ailleurs si je vais même tenter de me toucher sans regarder de porn. Comme j’ai une partenaire, ça serait facile de pratiquer l’abstinence les jours où on ne se voit pas, pis de se gâter avec elle le reste du temps. En amour, c’est à croire qu’on pourrait se passer de masturbation. Mais, for the sake of the experiment, je me dis que je devrais à tout le moins essayer. Qui sait, peut-être que ça va révolutionner mon rapport à la pornographie…

Jour 3

Ce matin, j’ai rêvé que je visitais un site porno par inadvertance. Ce n’était pas parce que j’avais l’intention de me toucher, mais par habitude, simplement pour voir les nouvelles sorties de la semaine. C’est peut-être ce que je trouve le plus dur en ce moment. J’aime bien naviguer sur les sites pour voir ce qui est disponible pour d’éventuelles séances de touche-pipi. Simplement zieuter, sans me masturber, pour me donner un avant-goût de ce qui m’attend. Ce soir, j’essayerai peut-être finalement de me toucher. Sans rien. Juste mon imagination. Et mes deux mains.

Jour 4

Rien à signaler. Finalement, hier, j’ai pas eu la motivation d’essayer de me toucher. C’est encore moins le cas aujourd’hui. En fait, j’ai été bien trop occupé pour même penser à me masturber. Pis en plus, ce soir, je vois mon amoureuse. À quoi bon se masturber? Vaut mieux me préserver pour ma douce moitié et pouvoir partager avec elle ma première éjaculation de la journée.

Jour 5

Ce matin, j’ai encore rêvé que je naviguais sur un site porno. Mais cette fois-ci, je ne me contentais plus de contempler les thumbnails. J’osais cliquer sur les vidéos pour voir les acteurs et actrices à l’œuvre, question de me donner une meilleure idée du contenu. J’en regardais quelques-unes, sans me toucher. Puis, la culpabilité m’a accablé jusque dans mes songes et le poids de l’anxiété m’a réveillé. Je réalise que ce défi est peut-être un peu plus de taille que je le croyais.

Pourtant, je sais pertinemment que j’ai déjà réussi à me toucher et à venir sans regarder de la porno. Par le passé sont arrivées des occasions où je me suis trouvé chez moi, sans Internet et avec une pressante envie de me toucher. Dans ce temps-là, je me tourne vers ma copie DVD de Persona de Bergman pour visionner une scène particulièrement émoustillante. Bibi Andersson raconte à Liv Ullmann la fois où elle et une amie ont couché avec deux jeunes hommes lors de vacances au bord de la mer. La scène est torride, digne d’un porno hardcore. Après cette séance de jambes en l’air à quatre, Bibi est rentrée au chalet rejoindre son mari et coucher avec lui. S’en est suivie sa meilleure baise à vie. 

Bien sûr, on ne voit rien de tout cela, elle ne fait que narrer les événements, mais sa description est si affriolante que je suis excité à tout coup et que je n’ai que besoin de m’imaginer la scène pour bander, me toucher et venir. Y’a probablement rien de plus cinéphile que de se masturber devant un Bergman.

Jour 6

C’est pas croyable. Ce matin, j’ai encore rêvé que je consommais du contenu pornographique et, cette fois, je ne me contentais pas de reluquer. C’est à croire que mon inconscient essaie de me parler. Je n’ai pourtant pas l’impression que je suis obsédé par l’idée de consommer de la porno.

Chose certaine, c’est une drôle de sensation de savoir que je n’ai pas le droit de pratiquer une activité qui m’était quotidienne, mais que concrètement, ma vie n’a pas tellement changé. Ça me motive à essayer de venir sans stimuli visuels.

En journée, j’ai cédé. Enfin, presque. Mes rêves des derniers jours se sont finalement concrétisés et j’ai visité quelques sites, question de me rincer l’œil. La tentation était forte. Même si j’ai durci à la vue des thumbnails, j’ai résisté. Est-ce qu’on peut dire que j’ai triché? 

Le point positif est que ça m’a excité et donné le goût d’essayer de me toucher sans stimulation visuelle. Je me suis quand même permis de me starter en zieutant les comptes Instagram de certaines de mes actrices pornos fétiches. Une fois bandé, j’ai déposé mon téléphone et j’ai commencé à me toucher. Je visualisais des scènes que j’avais maintes et maintes fois regardées. Ça n’a pas été facile, mais avec un peu d’effort, de persévérance et une pincée d’imagination, je suis venu. Beaucoup. Probablement un des meilleurs orgasmes que j’ai jamais eus. J’en suis quand même fier. 

Après coup, je réalise que j’ai quand même eu indirectement recours à la porno pour m’exciter. Même si c’était de la visualisation, ça me donne quand même l’impression que je ne peux pas tout à fait me passer de porn pour me masturber.

Jour 7

Cette nuit, je n’arrivais pas à dormir. J’ai décidé de me branler. Éjaculer m’aide à m’assoupir. Je suis allé sur le compte Instagram de Jessie, une actrice porno. J’ai regardé en boucle une vidéo de huit secondes dans laquelle elle twerk. C’était juste assez pour que je vienne. 

Encore une fois, est-ce qu’on peut dire que j’ai triché? Du twerking, ça se trouve partout. Dans les clips, les stories, et même au parc au coin de ma rue, où il s’en donne chaque semaine un cours en plein air. La différence ici, c’est que c’était une actrice porno qui s’y adonnait. Est-ce que c’est pour autant de la triche?

Jour 8

Baise matinale avec ma copine. Journée meublée par les transports en commun, les petites séances de chilling entre amis au parc et le visionnement de films en soirée. Je n’ai pas pensé une seconde à la porno, au point où j’ai oublié que je faisais un mois sans porn.

Jour 9

Une baise d’après-midi et deux autres en soirée avec mon amoureuse. C’était plaisant. Ça l’est toujours. Je ne remarque pas encore de différences dans nos rapports intimes depuis le début de mon sevrage. Elle non plus d’ailleurs. Sauf que là, on ne peut plus regarder de pornographie avant de faire l’amour comme on le faisait à l’occasion.  

Depuis le début du défi, c’est elle qui a l’accès exclusif à mes comptes XConfessions et LustCinema. Elle se plaît même à me remettre en pleine face qu’elle a regardé des vidéos qu’on a déjà visionnées ensemble. C’est peut-être pour ça que nos rapports intimes n’ont pas changé. Il n’y a pas de tabou entre nous sur notre consommation et notre rapport à la pornographie. Tou.te.s deux, on en regarde allègrement, individuellement ou ensemble. La porno a sa place dans notre intimité, sauf pour le mois qui suit… Heureusement, notre dynamique sexuelle n’en dépend pas.

Jour 10

Après trois jours passés chez ma copine, le temps était venu de rentrer chez moi. C’était l’occasion parfaite pour essayer de me masturber sans AUCUN stimuli visuels. Peine perdue. J’ai rapidement cédé à la tentation de faire un petit tour sur Instagram pour zieuter les comptes d’actrices pornographiques. Je n’ai fait que remplacer une habitude par une autre. Je répétais même certaines de mes habitudes de consommation pornographique : je ne me contentais déjà plus des deux comptes que j’ai découverts, je sentais le besoin d’en trouver d’autres. 

De clic en clic, j’ai fini par dénicher le compte Twitter de Julia, une de mes actrices pornos préférées. Je suis tombée sur du contenu beaucoup plus explicite que ce qui peut se trouver sur Instagram : de courts extraits d’une minute faisant la promotion de son OnlyFans. Fellation, masturbation et pénétration avec un partenaire. 

Je ne suis plus dans une zone grise. C’est rendu que j’écoute de la porn sur Twitter. J’ai rechuté.

Jour 11

Petite victoire aujourd’hui. Je me suis masturbé sans utiliser d’images, juste mon imagination. Par contre, je dois avouer que je me suis imaginé au lit avec une actrice porno. Mon plaisir est encore esclave de la porn.

Jour 12

Je me suis encore touché sur la vidéo de huit secondes de Jessie qui twerk à quatre pattes sur son lit. C’est le seul contenu permis qui m’excite à tout coup. C’est rendu un peu la béquille sur laquelle je m’appuie pour m’astiquer le manche. 

Je me demande combien de fois je me serai crossé sur cette vidéo d’ici la fin du défi. Je me demande aussi si on est nombreux à se toucher en regardant cette vidéo. Sans doute plus de fois que ses fesses rebondissent (dix fois). Eh oui. J’ai compté.

Jour 13

Je me suis touché quatre fois hier, dont trois fois dans la nuit, alors que l’insomnie me tenait éveillé. J’ai découvert le compte Instagram d’une actrice porno, Jia. J’aime son contenu. C’est à la fois suggestif, érotique, tape-à-l’oeil, mais aussi ludique et comique. Sur son compte se trouvent de nombreuses vidéos où elle se met en scène de diverses manières, souvent suggestives. Jia suce un épi de maïs grillé. Jia lèche un sundae. Jia essaie son nouveau maillot de bain. Jia fait du yoga. Jia se baigne dans une piscine à Bali. Jia se déhanche sur de la musique, puis marche à quatre pattes vers la caméra et suce le doigt de la personne qui la filme. 

Jia fait maintenant partie de mon quotidien. Et moi, de l’autre bord de l’écran, j’ai presque l’impression de faire partie du sien. Ça lui donne une certaine familiarité. Après l’avoir vu par le passé dans des scènes pornographiques, j’ai le sentiment de la découvrir sous son vrai jour.

Jour 14

Journée occupée. Aucunement le temps de me toucher. Sexe en soirée avec ma copine. Ça a fini en fellation avec doigt dans le péteux, pis frotte-frotte clito pour qu’elle jouisse à son tour.

Jour 15

Fellation en matinée et ce fut tout pour la journée, mesdames et messieurs.

Jour 16

Ma copine et moi avons écouté le documentaire The Perverts Guide to Cinema. Le philosophe Slavoj Zizek y aborde, entre autres, l’importance du fantasme pour alimenter la libido. Ce passage du film m’a beaucoup interpellé.

J’éprouve beaucoup de difficulté à me masturber en pensant à quelqu’un qui ne travaille pas dans l’industrie du sexe, qu’il s’agisse d’une connaissance, d’une vieille flamme ou de ma copine. Puisque ces personnes ne sont pas des actrices ou des acteurs pornos, je suis mal à l’aise à l’idée de me toucher en pensant à elles. C’est comme si je commettais une infraction, que j’avais besoin de leur consentement. Et encore là. Je sais très bien que ma copine serait contente d’apprendre que je me touche en pensant à elle. 

Mais je ne suis pas excité si la relation sexuelle que je m’imagine peut se produire dans la vraie vie. Ça doit rester dans l’ordre du fantasme. Ça me semble un peu futile de me masturber en pensant à quelqu’un avec qui je peux coucher ou avec qui j’ai déjà couché. Mon fantasme doit être inatteignable. La masturbation et le sexe sont des choses distinctes qui ne se rejoignent pas pour moi. Je peux être excité à l’idée de coucher avec ma partenaire, mais ce n’est pas ce qui me permet de prendre mon pied.

J’ai toujours trouvé que c’était dommage. Mais après le visionnement du documentaire, je réalise que d’avoir des relations sexuelles avec des actrices pornographiques relève du fantasme alors qu’avec mes partenaires sexuel.le.s, ça relève du réel. 

J’ai l’impression de mieux comprendre le rapport que j’entretiens avec la pornographie et ma vie sexuelle. Ce sont deux choses distinctes : quand j’ai des relations sexuelles, je ne cherche pas à reproduire ce que je vois dans la porno. 

Jour 17

Retour à la maison après une fin de semaine chez ma copine. Sitôt de retour, j’ai senti le besoin frappant de naviguer sur certains sites et de survoler le nouveau contenu porno qui est sorti depuis la semaine dernière. Ça fait clairement partie de ma routine. 

Je me dis que je n’ai pas triché, comme je ne me suis pas masturbé en regardant ledit contenu. Là-dessus, je demeure tenace. 

Je me suis touché dans la journée. Encore une fois sur une vidéo de Jia. Elle enfilait une paire de leggings lustrés noirs bien serrés et faisait des tours sur elle-même pour la caméra. Je suis venu. J’ai remarqué que j’avais de l’inflammation sur le gland. Ça m’arrive de temps en temps : je souffre d’une balanite chronique depuis le début de ma vie sexuelle. Je me suis mis du Canesten et me suis abstenu de me toucher une deuxième fois. 

Jour 18

J’ai vu ma copine. Elle aussi avait de l’inflammation au niveau du sexe. D’un accord tacite, on s’est entendu.e.s pour ne pas coucher ensemble ce soir.

Jour 19 

Aujourd’hui, je me suis masturbé quatre fois et suis venu trois fois. Ça s’est encore une fois passé sur Insta. Décidément, c’est mon substitut aux sites pornos. 

Je suis tombé sur un compte où on ne trouve que des filles qui sucent des bananes. C’est très excitant. L’imagination n’a pas besoin de travailler fort fort pour imaginer un phallus à la place du fruit. Mais au final, je trouve tout le temps plus mon compte avec Jia. Je pense fortement à m’abonner à son OnlyFans une fois que j’aurai terminé ce défi.

Jour 20

Réflexion sur la pornographie homosexuelle. Même si ça fait plusieurs années que j’assume mon attirance envers les hommes, je n’arrive pas à être stimulé par la porno gaie. À chaque fois que j’essaie d’en écouter, je suis distrait par l’artifice des scènes. Les hommes lisses et musclés, les gémissements exagérés, le positionnement guindé des corps. J’ai l’impression que ça manque terriblement d’authenticité. J’éprouve probablement le même sentiment qu’une femme peut ressentir devant de la pornographie mainstream destinée aux hommes hétéros. Là aussi, la mise en scène est trop apparente et sensationnelle. On assiste à des olympiades de la baise, où des athlètes exécutent des prouesses sexuelles comme on n’en voit rarement dans la vraie vie. 

Ironiquement, le seul type de porno gaie qui me plaît est female-friendly. La caméra est beaucoup plus mobile. L’éclairage est plus tamisé et naturel. Les plans sont beaucoup plus courts et découpés. Dans ce type de porno, on a réellement l’impression de voir deux personnes baiser. Je serais curieux de savoir pourquoi je recherche de l’authenticité dans la porno gaie alors que dans la porno hétéro, je me complais dans le subterfuge. Peut-être que cette cure aura pour effet de me détourner à jamais du sensationnalisme de la porno mainstream.

Jour 21

Je ne me suis pas touché parce que j’allais voir ma copine plus tard. Mais finalement, lorsqu’elle m’a rejoint et que le moment était propice pour des rapprochements, on s’est endormi.e.s en regardant Ocean’s Eleven. Sans doute pour rêver tou.te.s deux à Rusty et Danny.

Jour 22

Énième journée occupée. Ma copine et moi avons tout de même trouvé le temps de faire l’amour durant notre visionnement d’Andreï Roublev. C’était une bonne séance. On est tou.te.s deux venu.e.s beaucoup. Ensuite, elle s’est endormie sur mes cuisses pendant que je regardais Boriska construire une cloche.

Jour 23

Journée remplie d’activités sociales. Ma copine et moi avons à peine trouvé le temps de penser à baiser et encore moins de le faire.

Jour 24

Aujourd’hui au parc, j’ai parlé avec mon amie de mon abonnement à XConfessions et LustCinema. Ça a piqué sa curiosité. Je lui ai proposé de lui donner mes infos pour qu’elle puisse accéder à mon compte. Elle a accepté sans hésiter. Au moins, y’aura quelqu’un qui pourra en profiter. En espérant qu’elle ait une petite pensée pour moi à chaque fois qu’elle vient.

Jour 25

J’ai pensé à la première actrice pornographique sur laquelle j’ai eu un kick.

Elle s’appelait Katie. C’était une Ukrainienne aux cheveux bruns foncés. Elle ne faisait que du nu. J’avais l’habitude d’imprimer une photo d’elle avec l’imprimante de ma mère, prenant toujours bien soin d’effacer toute trace de mon téléchargement sur l’ordinateur familial pour pas que ma mère tombe sur cette image en consultant ses photos de voyage à Cayo Coco. Je pliais soigneusement la feuille imprimée et la cachais dans un recoin de ma chambre. 

Tard le soir, quand ma mère dormait dur comme une bûche, je sortais la feuille de sa cachette. Je la déposais sur mon lit, me plaçais au-dessus et me mettais à me toucher en fixant des yeux Katie. Quand je jouissais, j’éjaculais directement sur la feuille, que je pliais ensuite en quatre en prenant bien soin de ne pas renverser de sperme sur mes draps. Puis l’image de Katie finissait dans la poubelle de la cuisine, bien enterrée sous quelques feuilles de Scott Towels. Chaque semaine, je recommençais le processus, jusqu’à ce qu’il ne reste plus de papier ou d’encre dans l’imprimante et que ma mère se mette à se douter de quelque chose.

Jour 26

Après avoir passé quatre jours chez ma copine, je suis retourné chez moi. Enthousiaste à l’idée de pouvoir me masturber, je suis allé sur Instagram sitôt arrivé à la maison. Encore une fois, j’ai consulté des comptes d’actrices pornographiques. Mais rapidement, je me suis lassé de ce contenu que je regarde en boucle depuis deux semaines. J’ai déposé mon téléphone et essayé de m’imaginer en train de faire l’amour avec elles, ensuite avec ma blonde, ensuite avec ma blonde et une tierce partie, genre un gars bisexuel. Sans succès. Je bandais facilement mais n’arrivais pas à venir. 

C’est alors que j’ai décidé de laisser mon imagination de côté pour me concentrer sur mon corps et les sensations physiques que je ressentais. Je me suis concentré sur ma respiration haletante et mes mains sur mon sexe. Rapidement, sans trop d’effort, je suis venu. Beaucoup. Je ne me rappelle pas la dernière fois que ça m’est arrivé. Même que je ne me rappelle pas si c’est DÉJÀ arrivé. Me donner du plaisir et venir sans stimuli visuels, qu’ils soient réels, virtuels ou imaginaires? Je crois que c’est une première. Aujourd’hui est une épiphanie. Je suis venu sans images. Il n’a suffi que de me concentrer sur mon corps. 

À peine ai-je le temps d’écrire ces lignes que l’envie de me toucher revient au galop. Je cède. À nouveau, je me concentre sur mon corps. Ma main sur mon sexe, sur mes couilles, mon index qui fait son chemin jusqu’à mon anus et y entre. Je viens. Je peine à croire que j’y suis arrivé si facilement deux fois d’affilée. Victoire!

Jour 27

Aujourd’hui, j’ai retenté l’expérience. Je me suis allongé sur mon lit. Ai respiré lourdement. Ai tenu mon sexe d’une main, et de l’autre, me suis enfoncé deux doigts dans les fesses. Je suis venu. C’était aussi jouissif qu’une première dose d’héro. Sauf que dans ce cas-ci, y’a des chances que mes prochains high soient aussi délicieux que les premiers.

Jour 28

Je me souviens de la première vidéo porno que j’ai regardée. Je l’avais téléchargée sur LimeWire. Elle mettait en scène une étudiante qui faisait des avances sexuelles à son professeur pour faire monter sa moyenne en échange de faveurs sexuelles.  

Je me rappelle qu’elle portait un polo gris-bleu avec des lignes blanches, une veste violette, une jupe beige et des lunettes noires, qu’elle ne retirait pas de toute la vidéo. La prémisse ne m’intéressait pas. Elles ne m’ont d’ailleurs jamais intéressé. C’est la vue du corps qui m’émoustille. Et pour la première fois de ma vie, je voyais un corps en mouvement, en long et en large, adopter des positions sexuelles que j’avais hâte de pratiquer, le visage crispé par le plaisir, la respiration haletante et les yeux convulsés. 

C’était cru. Bien plus cru que ce que l’on pouvait capter sur Bleu Nuit entre deux pauses publicitaires. J’étais maintenant loin de l’époque où j’espérais qu’un vidéoclip sexy passe à la télé pour me masturber. Je découvrais le monde de la porno sur vidéo 4:3. Et depuis, je ne m’en suis plus jamais passé.

Jour 29

Plus que deux jours avant la fin. Le mois est passé vite. Mon envie et mon plaisir de me toucher n’ont pas tari. 

J’avoue être un peu déçu d’avoir cédé à l’envie de consommer de la porno, mais je peux pas dire que j’en suis surpris. Ça fait tellement partie de mon quotidien que ça aurait été un peu dur d’arrêter cold turkey d’un jour à l’autre sans rechuter une fois pendant le mois. En revanche, ce qui me surprend, c’est d’avoir réussi à me masturber et à venir sans aucune stimulation visuelle, concrète ou imaginaire. 

Je réalise l’importance d’être attentif aux sensations ressenties par mon corps, de me concentrer sur ma respiration, de m’ouvrir et de ne rien retenir. Je suis content de savoir que je n’ai plus besoin de WiFi pour me masturber. Je suis fin prêt pour l’apocalypse. 

Jour 30

Voyant que le mois tire à sa fin, ma copine m’a demandé quel contenu j’avais le plus hâte de consommer. À la blague, je lui ai répondu que j’avais hâte de voir le film sur notre première date (film qui, évidemment, n’existe pas… encore).

Il n’en fallait pas plus pour que s’ensuive une session de brainstorming inspirée du scénario.

Mon amoureuse et moi nous rencontrons dans un parc très couru de Montréal. C’est notre premier rendez-vous. Nous passons la journée à faire connaissance. Tard en soirée, on ne peut résister à l’envie. On s’embrasse. D’abord doucement, puis, rapidement, passionnément. On promène nos mains sur le corps de l’autre. Ça devient vite indécent. Trop indécent pour continuer à la vue des gens autour. 

On trouve refuge dans un coin du parc peu éclairé et moins achalandé. Tapis dans l’herbe sous l’ombre d’un arbre, nous donnons suite à nos ébats. Nous n’arrêtons que lorsque des passant.e.s circulent tout près, de peur d’être vu.e.s ou entendu.e.s. Sitôt qu’il n’y a plus de risque, on reprend. Alors que le parc se vide, nos rapports s’intensifient. Mains sur les seins, sur l’entrejambe. Bouche sur le sexe. Un peu de pénétration. Nous sommes maintenant seul.e.s. 

Mais on se plaît à croire que l’on nous observe. 

Quelque part, dans la rue, à la fenêtre d’un appartement ou caché derrière un arbre, se trouve une personne, peu importe son genre, qui nous épie à travers des jumelles de vision thermique. Elle se touche à la vue de nos corps qui s’agitent. Nos corps couleurs verts, jaunes et rouges. De plus en plus rouges. Et à mesure que nos corps rougissent, son plaisir croît, jusqu’à ce qu’on vienne tou.te.s les trois.

Jour 31

Dernière journée. Je constate que c’est fini. Que ça n’a pas été si difficile. Je dois avouer que j’ai quand même hâte de pouvoir faire un récap de la porn qui est sorti ce dernier mois. C’est bientôt l’heure du rattrapage. 

Par contre, je ne crois pas rechercher le même type de contenu que je regardais avant le Défi. Après avoir découvert les comptes Instagram des mes actrices fétiches, les avoir vues sous un nouveau jour, je sais que je vais m’abonner à leur OnlyFans.

C’est peut-être un des plus gros changements que j’aurai vécus au cours du mois dans mon rapport à la pornographie. Je risque de chercher du contenu plus diversifié. Le mainstream en streaming gratuit ne me semble plus aussi attirant qu’avant. La consommation éthique m’intéresse plus que jamais.

 

Mais bon, d’ici là, je vais patienter. Demain, y’a un programme double, voire triple qui m’attend. 

Bon visionnement à moi!

  •  

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Rédaction de cet article
Annotations de cet article
  • Franco-Ontarienne originaire d’Ottawa, Léa Séguin a réalisé ses études en psychologie (Université d’Ottawa) et en Family Relations and Human Development (University of Guelph) avant de compléter un doctorat en sexologie à l’Université du Québec à Montréal. Passionnée de la sexualité, Léa continue de mener des recherches sexologiques, notamment sur l’orgasme et sa simulation, la communication sexuelle et les représentations sociales de la sexualité. Au sein du Club Sexu, Léa porte plusieurs chapeaux dont ceux d’administratrice, de consultante scientifique et de rédactrice.