Présenté par Prélib

Comment ça marche, le dépistage en contexte de relation non monogame?

Illustration par Aless MC

Cet article est présenté par Prélib.

Le terme « non-monogamie » fait référence à toutes les configurations relationnelles qui ne sont pas romantiquement et/ou sexuellement exclusives, comme le polyamour, le couple ouvert, le libertinage, le trouple, etc.

On parle de non-monogamie consensuelle ou de non-monogamie éthique quand celle-ci est vécue et acceptée par toutes les personnes impliquées.

Il existe alors une entente relationnelle qui implique une ouverture à aller vers d’autres personnes, de manière hiérarchique ou non. 

Si le consentement est à la base de toute configuration non monogame éthique, la santé sexuelle l’est, ou devrait l’être, également.

Mais comment gère-t-on la prévention et le dépistage des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) quand on a plusieurs partenaires, parfois simultanément?

On a jasé dépistage, communication et défis avec des personnes en relation non monogames.

Eloïse*, femme cis, polyamoureuse, pansexuelle, 43 ans

« Je me définis comme polyamoureuse. J’ai un partenaire primaire, qui est un homme cis et hétéro. On est marié·e·s. On est fluid bonded, donc on ne porte plus le condom ensemble depuis un bon moment maintenant.

« On se fait tester tous les six mois ou lors de l’arrivée d’un nouveau ou d’une nouvelle partenaire sexuel·le dans nos vies de dating respectives. »

J’ai un partenaire secondaire, un autre homme cis, qui est également marié en relation ENM (ethical non-monogamy) avec une femme cis. Ils ont eux aussi des enfants. Lors de rapports sexuels, on porte le condom. De son côté, mon partenaire primaire porte aussi le condom avec ses autres partenaires.

J’ai également des partenaires sexuel·le·s moins régulier·ère·s. Pour les personnes avec pénis, le port du condom est non négociable. Mais je dois avouer qu’avec mes partenaires avec vulve, je n’utilise pas la digue [sexuelle]. »

Lou*, homme trans, polyamoureux, pansexuel, 32 ans

« Je dirais que la santé sexuelle et le dépistage ont toujours été importants… en fait, non… c’est devenu important dans mes relations. Ayant différent·e·s partenaires, il peut y avoir une chaîne de transmission [d’ITSS] et c’est pas cool (rires). Et ça, je l’ai appris à la dure, en recevant un diagnostic d’ITSS et en devant le dévoiler à mes partenaires en remontant la chaîne.

Maintenant, je suis plus porté à demander : “As-tu eu un dépistage récemment?”, “Ton dernier test remonte à quand?”, “Est-ce que tu pratiques le safe sex?”, “C’est quoi, tes limites?”, etc. 

Ça me permet de me faire une ligne de conduite, de déterminer avec quel·le partenaire je me protège ou je ne me protège pas (fluid bonding) et de réfléchir aux impacts. 

Sur le plan du dépistage, j’essaie d’y aller aux trois mois quand j’ai plusieurs partenaires. Quand j’en ai moins, je me fais tester lorsqu’une nouvelle personne entre dans ma vie ou que je sens concrètement qu’il y a un risque.

La plupart des gens sont ouverts à avoir ce genre de discussions [sur la santé sexuelle et le dépistage], mais je trouve que c’est encore malaisant, parfois. Ce ne sont pas les conversations les plus le fun à avoir, on s’entend, mais je sens que les personnes que je côtoie sont de plus en plus éduquées sur la question. 

Ceci dit, il reste des gens qui sont un peu clueless. Genre : “Ah! Tu t’es fait dépister il y a deux ans et tu as eu des dizaines de partenaires depuis? GREAT!” (rires) Je ne veux pas juger, mais quand je sens qu’il y a une certaine insouciance qui entoure ça, je me sens moins en sécurité et je vois ça comme un red flag. Je me dis qu’on n’a peut-être pas le même mode de fonctionnement. 

Je n’ai pas besoin d’avoir la liste des personnes avec qui tu couches, mais si tu me dis que tu as plusieurs partenaires sans jamais te faire dépister, ça ne marche pas pour moi. En fait, je n’ai pas envie de sentir que je dois convaincre les autres de se faire dépister. »

« Pour moi, la prise en charge de la santé sexuelle, la connaissance des risques et la transparence, ça fait partie de la non-monogamie éthique. »

Étienne*, homme cis, homosexuel, en couple ouvert, 28 ans

« J’ai fréquenté S.* pendant plusieurs mois avant qu’on soit un couple. Quand c’est devenu officiel, bien que on and off, on a décidé d’être en relation ouverte. J’étais confortable avec l’idée, mais il en “profitait” beaucoup plus que moi. Il couchait avec beaucoup d’autres gars, mais moi, je n’avais aucun autre partenaire.

La question des ITSS était vraiment un enjeu au cœur de notre relation. Dès le départ, S. ne voulait pas se protéger avec moi. Le problème, c’est que, alors que je n’avais pas de sexe avec qui que ce soit d’autre, chaque fois que je couchais avec lui, je pognais de quoi. On avait toujours des symptômes de quelque chose.  

Il ne voulait pas se protéger avec les autres, donc je lui ai proposé qu’on se protège ensemble, mais il l’a vraiment mal pris, il disait que je le trouvais dégueulasse.

Son rapport à sa sexualité était assez trouble et il était très insouciant par rapport à sa santé sexuelle. Il ne comprenait pas pourquoi je m’en faisais autant : pour lui, c’était banal. Mais moi, je n’aime pas ça, avoir une ITSS. Je ne veux pas développer de tolérance aux médicaments. J’ai déjà eu une super ITSS qui a duré trois mois. C’est pas le fun!

Moi, je me fais dépister tous les trois mois depuis toujours, mais avec lui, c’était beaucoup plus. J’y allais quand S. avait des symptômes ou qu’il finissait par me dire qu’il y avait un risque plus prononcé. J’y allais VRAIMENT souvent.

Je me demandais si c’était moi qui étais trop rigide. J’ai le sentiment que quand tu as quelque chose, tu as le devoir de faire ta part en avertissant tes partenaires. Je me dis que si on se fait tou·te·s tester et qu’on se prévient quand on a quelque chose, on peut avoir un certain pouvoir sur la propagation des ITSS. »

« On n’est plus ensemble aujourd’hui, mais ce que je retiens de tout ça, c’est que c’est important de mettre ses limites et de se respecter. À l’avenir, j’ai envie de plus de communication et de respect, couple ouvert ou pas. »

Vanessa, femme cis, en couple ouvert, demisexuelle, 34 ans

« Cette année, ça fait 20 ans que je suis avec mon chum, qui est aussi le papa de mes enfants. C’est mon high school sweetheart. On a décidé d’ouvrir notre couple progressivement il y a environ trois ans. On était each other’s first et on avait des envies d’exploration.

Mon chum a des besoins sexuels avec d’autres personnes et moi, je suis demisexuelle, donc j’ai besoin de connecter avec les gens avant de développer une intimité physique. Ça fait aussi que je tends plus vers le polyamour. 

En ce moment, j’ai une fréquentation depuis six mois. Il est non monogame également, mais n’a pas de partenaire principale. On se voit aux deux ou trois semaines. Mon conjoint est dans une formule un peu plus one night, hook up. Il a plus de rapports sexuels avec différentes partenaires que moi. Mon chum et moi ne mettons pas de condom ensemble, mais on en utilise systématiquement avec les autres.

L’été dernier, après une pause d’activité sexuelle due à la COVID, mon chum est allé se faire dépister chez Prélib, qu’on a d’ailleurs découvert grâce au Club Sexu. En temps normal, il y va aux six mois. Moi aussi, je suis allée me faire tester, en clinique privée, à l’occasion de la reprise des activités de dating post-confinement.

« Je me suis aussi assurée que ma fréquentation se fasse dépister. C’est vraiment super important pour moi d’être tight là-dessus, même si en général, j’ai peu d’interactions sexuelles avec mes dates, contrairement à mon chum. »

Puisqu’on a deux jeunes enfants, les soirées libres se font rares. On avait justement un week-end de prévu, pendant lequel mes beaux-parents gardaient les enfants. Donc un peu en joke, j’ai dit à mon chum : “Hey, vendredi soir, on pourrait commencer notre week-end d’amoureux en allant se faire dépister!” On était dû·e·s tou·te·s les deux.

J’ai vérifié les dispos en ligne chez Prélib, il y avait de la place et on s’est booké deux rendez-vous back à back!

En arrivant, j’ai fait ma prise de sang en premier, mon chum en deuxième, donc quand il a eu fini avec l’infirmière, il est venu cogner à ma porte de toilettes, où je faisais mes autoprélèvements. En ouvrant la porte, je suis partie à rire en lui demandant pourquoi il n’allait pas dans l’autre cabine. Il a répondu : “Hein, pourquoi? Je veux rester avec toi!” 

Mais t’sais, on est ensemble depuis vingt ans, on a deux enfants, donc faire pipi dans la même salle de bain, c’est ZÉRO un problème!

Je gérais mes petits tubes et mes petits bâtons pendant que mon chum faisait pipi dans son pot à côté de moi! Je “gagais” en frottant le Q-tips dans ma gorge et mon chum me disait : “Let’s go, t’es capable!” C’était tellement drôle. Et c’est fou comment ç’a été rapide!

Depuis, on blague avec ça, mais on se dit que ça pourrait devenir une habitude : aller souper pis se faire dépister en couple, en mode date night chez Prélib! »

Edith*, femme cis, bisexuelle, solo-polyamoureuse, 35 ans

« Les étiquettes me plaisent peu, mais disons que depuis quelque temps, je me définis comme solo-poly. Ça veut dire que j’ai des relations éthiquement non exclusives qui impliquent de l’intimité plus ou moins profonde, mais sans désir de fusionner ma vie avec une personne principale ni de suivre une escalade traditionnelle d’engagements (cohabitation, compte conjoint, enfants, etc.). 

Cela dit, j’ai eu un partenaire stable, un homme cis et hétéro, avec qui j’ai cohabité pendant cinq ans.

On avait une approche très anarchique et fluide dans nos relations avec nos autres partenaires et le condom est rapidement devenu notre principal moyen de protection et de contraception.

Ce choix représentait beaucoup moins de soucis quotidiens et d’évaluation du risque, qui implique le dévoilement détaillé de l’intimité qu’on partage avec d’autres personnes. 

Si jamais il arrivait « un accident », peu importe la raison ou le contexte, il n’y avait pas de réel réajustement étant donné que le condom faisait toujours partie de l’équation, outre la prise de rendez-vous pour un test de dépistage. De ce côté, mon partenaire et moi y allions deux fois par année, ensemble la plupart du temps, selon les partenaires et les risques rencontrés, car le condom ne protège pas de tout.

Je pense d’ailleurs qu’on sous-estime les avantages du condom. La seconde où c’est bien intégré dans sa routine, c’est tellement un « no-brainer ». D’ailleurs, étant donné la fréquence des activités sexuelles que j’ai eues avec ce partenaire, je crois que ça a fait de moi une personne pas mal plus habile pour poser un condom rapidement, subtilement, agréablement, avec une main, deux mains, ma bouche, de face, de dos… C’est un sentiment d’aisance qui fait toute la différence avec un nouveau partenaire. C’est comme n’importe quoi, suffit d’un peu de pratique! »

*Prénoms fictifs

  • Conley, T. D., Matsick, J. L., Moors, A. C., Ziegler, A. et Rubin, J. D. (2015). Re-examining the effectiveness of monogamy as an STI-preventive strategy. Preventive Medicine, 78, 23-28. https://doi.org/10.1016/j.ypmed.2015.06.006

    COCQ-SIDA (2022). Criminalisation de l’exposition au VIH. https://www.cocqsida.com/nos-dossiers/droits-et-vih/criminalisation-de-lexposition-au-vih.html

    Farley, T. A., Cohen, D. A. et Elkins, W. (2003). Asymptomatic sexually transmitted diseases: the case for screening. Preventive medicine, 36(4), 502-509. https://doi.org/10.1016/S0091-7435(02)00058-0

    Fortenberry, J. D., McFarlane, M., Bleakley, A., Bull, S., Fishbein, M., Grimley, D. M., … et Stoner, B. P. (2002). Relationships of stigma and shame to gonorrhea and HIV screening. American Journal of Public Health, 92(3), 378-381. https://doi.org/10.2105/AJPH.92.3.378

    Goyer, M.-F. (2016). S’accorder en genre et en nombre : exploration des ententes relatives à l’exclusivité sexuelle et émotionnelle en contexte d’émergence de leur diversification au sein des relations conjugales [Mémoire de maîtrise, Université du Québec à Montréal]. Archipel.

    Kinghorn, G. R. (2001). Passion, stigma, and STI. Sexually Transmitted Infections, 77(5), 370-375. http://dx.doi.org/10.1136/sti.77.5.370

    Lehmiller, J. J. (2015). A comparison of sexual health history and practices among monogamous and consensually nonmonogamous sexual partners. The Journal of Sexual Medicine, 12(10), 2022-2028. https://doi.org/10.1111/jsm.12987

    Scoular, A., Duncan, B. et Hart, G. (2001). “That sort of place… where filthy men go…”: a qualitative study of women’s perceptions of genitourinary medicine services. Sexually Transmitted Infections, 77(5), 340-343. http://dx.doi.org/10.1136/sti.77.5.340

Rédaction de cet article
  • Laïma A. Gérald

    Des études en théâtre, en sexologie ainsi qu’une expérience en relations publiques et en communications constituent son bagage solide et diversifié. Passionnée de sciences humaines, d’arts et de culture, elle est aujourd’hui journaliste chez URBANIA et chroniqueuse radio sur les ondes d’ICI Radio-Canada Première. Tendez l’oreille: vous l’entendrez peut-être aux émissions Pénélope et On dira ce qu’on voudra. Dans ses temps libres, Laïma écoute des podcasts (érotiques mais pas que), se retape les 6 saisons de Sex and the city en boucle et essaye de devenir une pro du tarot de Marseille. Sa chart de Scorpion ascendant sagittaire lune en taureau font d’elle une personne intense, aventureuse et full loyale.

Annotations de cet article
  • Franco-Ontarienne originaire d’Ottawa, Léa Séguin a réalisé ses études en psychologie (Université d’Ottawa) et en Family Relations and Human Development (University of Guelph) avant de compléter un doctorat en sexologie à l’Université du Québec à Montréal. Passionnée de la sexualité, Léa continue de mener des recherches sexologiques, notamment sur l’orgasme et sa simulation, la communication sexuelle et les représentations sociales de la sexualité. Au sein du Club Sexu, Léa porte plusieurs chapeaux dont ceux d’administratrice, de consultante scientifique et de rédactrice.