Blanche-Neige et les sept mains : un conte de Chlamydia

Illustration par Aless MC

Salut, je m’appelle Blanche, j’ai 28 ans et je suis nouvellement propriétaire d’une chlamydia. Enchantée!

Bon, maintenant que c’est écrit noir sur blanc, je panique un peu moins.

Il faut que tu saches, dear lectorat, que je me suis toujours pensée au-dessus de tout ça… La chlamydia pis ses autres chums ITSS. 

C’est que, à part mon premier (et unique) copain avec lequel j’ai fait bang-bang avec un condom à 16 ans, je n’ai jamais eu de relations impliquant un pénis.

À cet âge-là, la société me laissait sous-entendre que j’étais hétéro. J’avais l’impression que ma vie amoureuse et sexu était incomplète, sans que je comprenne pourquoi.

C’est pas que Mathieu était une erreur en soi mais, dans mon conte de fée et de préférences, quand t’arrives à sa page… Ça détonne des autres pages remplies de seins de toutes tailles et de vagins semi-velus.

Sans rancune Mathieu, tu l’sais que t’es mon (unique) expérience hétéro préférée. La seule grenouille que j’aie frenchée pour qu’elle se transforme en prince charmant avant que j’enfile les bisous de princesses.

Bon, je m’éloigne. Revenons à mon mouton et à sa chlamydia.

Comme tu l’as sûrement compris, je suis lesbienne. J’ai toujours trippé sur des filles et couché avec des filles (sauf Matthy-Mat). Dans ma caboche, j’ai aussi toujours pensé que le sexe fille-fille était la chose la plus proprette sur Terre (ok peut-être pas, mais tu compends). Pour moi, il y avait beeeen moins de risques de contracter une ITSS entre personnes avec vulves. Case closed.

Ça fait que par un beau mardi ensoleillé du mois de mai, quand je me suis mise à ressentir un peu de douleur en faisant mon beau pipi jaune soleil du matin, j’ai pas paniqué. Je me suis dit que ça devait être une infection urinaire et que tout se réglerait rapido-presto avec des antibios.

J’ai callé off pour aller à la clinique sans rendez-vous près de chez moi.

La première question que la médecin m’a demandé après avoir pris en note mes symptômes : « Blanche, avez-vous eu des relations sexuelles non protégées? »

Je lui ai dit que oui, mais que je couchais uniquement avec des femmes. Elle m’a regardée longuement et m’a expliqué que les femmes lesbiennes peuvent aussi contracter des ITSS.

Sur le coup, je ne l’ai pas crue. Sorry Monique, mais à moins que tu joues dans mon équipe, tes dix années de médecine ne m’impressionnent pas tant. Encore ici, dans ma tête, les ITSS lesbiens, c’était juste dans les livres. 

I know… Naive much.

Sans vouloir faire de mauvais jeu de mot avec mon nom, j’avais un track record d’ITSS blanc comme neige et j’étais certaine qu’il le resterait.

Surprise, surprise! Où sont les caméras cachées?

Surprise donc quand, trois jours plus tard, la gentille infirmière de la Dre Monique me téléphone en me disant que mon analyse d’urine indique que j’ai une chlamydia.

À ces mots, je sens le plancher s’ouvrir sous mes pieds. Je tombe dans un tourbillon d’interrogations et de wtf qui remettent en question toutes mes connaissances sexu. 

Ça s’peut tu que j’étais pas au courant de même? Ça s’peut oui.

(Aujourd’hui, un bref échange avec mes potes m’a fait comprendre que j’étais pas la seule. Les infections transmises sexuellement et par le sang, ça saute pas sur tout ce qui bouge, mais nul.le n’est à l’abri. Pas même la lesbi la plus aguerrie).

Je me mets à hyperventiler. Je m’imagine le pire : perdre mes ami.e.s, perdre ma vie sexu, perdre la vue, perdre la mémoire… 

Comment j’ai pu attraper cette tabar-snatch de malédiction? Est-ce que j’ai pu la donner à quelqu’une?

Encore au téléphone et écoutant le dixième de ce que l’infirmière me raconte, je crois comprendre que les symptômes peuvent prendre jusqu’à six semaines avant d’apparaître.

Elle ajoute qu’une prescription d’antibios m’attend sagement à ma pharmacie de quartier et je raccroche. 

Prendre mes responsabilités par les cornes

Après être revenue du Jean Coutu, cachets et crème glacée au chocolat en main (j’en ai besoin), je poppe une pill d’antibiotiques et m’effouère sur mon divan.

J’essaie fort de trouver comment j’ai pogné cette chose qui me donne la chaude pisse. Je fais le décompte des relations que j’ai eues durant les six dernières semaines : 1-2-3-4….5-6….7!

Sept paires de mains se sont baladées dans mon entrecuisse depuis un mois et demi :

  • Mia;
  • Gabrielle, ma prof de spinning;
  • Véro, mon ex (… que celui.celle qui n’est jamais retombé.e dans ses vieilles pantoufles chaudes-comme-la-braise me lance la première pierre);
  • Justine;
  • Maude, la fille du bar (à moins qu’elle s’appelle Jade?);
  • Laurence;
  • Erika, la serveuse du bar.

Je devrais peut-être leur écrire? Non, c’est bizarre.

Ou plutôt responsable?  

Je vais leur écrire. Non seulement je me demande qui m’a transmis cette chlam chowder, mais la COVID m’a donné certains bons plis et j’ai le réflexe de vouloir les avertir pour qu’elles aillent se faire checker aussi. Bon réflexe, I guess?

Je les texte (chacune individuellement, va pas t’imaginer un grand message de groupe awkward où personne se connait vraiment) : 

  • Salut! Excuse-moi d’arriver comme un cheveu sur la soupe avec cette question aujourd’hui. C’est que je viens d’apprendre que j’ai la chlam… Ouin, désolée, c’est plate. En fait, je sais pas depuis quand je l’ai exactement, je sais pas ça vient de qui… Est-ce que tu sais si tu l’as eue aussi? Sinon, je voulais surtout t’avertir pour que tu te fasses dépister. Merci, bye.

Les réponses se suivent et se ressemblent (quand même pas mal) :

  • Non, j’ai rien du tout.

  • Non.

  • Oh non pauvre toi… Ça vient pas de moi, sorry 🤪

  • C’est qui? J’ai pas ton numéro dans mon cell… Mais peu importe, j’ai pas la chlam.

  • Non, mais merci de m’avertir.

  • T’es la seule relation sexuelle que j’ai eue avec une fille dans ma vie ET t’es la seule relation non protégée que j’ai eue aussi. Donc non. P.-S. Arrête de me texter, mon nouveau chum pourrait le voir.

  • Allô 🙂 non 🙂

The more you know…  

Si j’me fie à ces sept réponses, on dirait bien que la chlamydia a une cape d’invisibilité quand ça l’arrange. Clairement, j’ai pas attrapé ça en criant abracadabra!

Au lieu de partir sur une chire de panique et de crème glacée, je décide d’aller consulter les Internets pour me rassurer.

Prends su’ toé, Blanche. C’est pas une ITSS qui va te rendre dingo.

En moins de trente secondes, je découvre toute l’info qu’il me faut pour me déstresser. 

Premièrement : 40 à 70 % des cas de chlamydia sont asymptomatiques. Ceci explique cela. Mes sept dernières aventures pensent donc sincèrement qu’elles n’ont rien. Outch. On est une couple à avoir des croûtes de savoir à manger.

Deuxièmement : lorsque dépistée à temps, une chlamydia peut être traitée en une semaine seulement avec des antibios.  

Ah ben, bout d’viarge. J’ai failli faire une syncope pour rien.

Il était une fois une fille qui va se coucher moins niaiseuse

Jeudi, six jours après l’annonce.

Je sais pas si c’est la crème glacée que j’engloutis chaque jour (dans le fond, j’en ai toujours besoin, ITSS ou pas) ou le fait que j’ai apprivoisé ma pote Chlamy en sachant qu’elle allait fly by grâce aux antibios, mais l’angoisse a disparu.

Même si je me pensais protégée des ITSS, j’ai toujours cru que ce terme évoquait « une maladie grave » et oh boy, was I wrong!

Salut, je m’appelle Blanche, j’ai 28 ans et j’ai appris plein d’affaires depuis une semaine :

  1. le sexe entre personnes possédant une noune comporte aussi des risques; 
  2. une chlamydia, ça vient et ça s’en va – si tu t’en occupes!;
  3. même quand tu penses que t’es spick & span de l’intimité, ça veut pas dire qu’il faut pas que tu te fasses dépister (parlez-en à Mia, Véro et les autres).
  • Agence de santé publique du Canada (2020). Lignes directrices canadiennes sur les infections transmissibles sexuellement. [En ligne] https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/maladies-infectieuses/sante-sexuelle-infections-transmissibles-sexuellement/lignes-directrices-canadiennes/infections-transmissibles-sexuellement.html

    Holway, G. V., & Hernandez, S. M. (2018). Oral sex and condom use in a US national sample of adolescents and young adults. Journal of Adolescent Health, 62(4), 402-410.

    Downing-Matibag, T. M., & Geisinger, B. (2009). Hooking up and sexual risk taking among college students: A health belief model perspective. Qualitative Health Research, 19(9), 1196-1209.

    INSPQ (2018). Traitement accéléré des partenaires pour les infections à Chlamydia trachomatis et à Neisseria gonorrhoeae. Avis scientifique. Gouvernement du Québec. [En ligne] https://www.inspq.qc.ca/sites/default/files/publications/2355_traitement_accelere_partenaires_chlamydia_trachomatis_neisseria_gonorrhoeae.pdf

Rédaction de cet article
  • Quand elle n’est pas occupée à se goinfrer d’olives, de cheddar vieilli et d’autres plaisirs gastronomiques, Cloé s’amuse à rédiger sur ses napkins et son Macbook. Conceptrice-rédactrice de profession et créatrice de playlists par passion, (presque) rien ne la satisfait autant qu’un jeu de mots bien aiguisé, une toune bien placée ou une partie de fesses bien exercée. Cloé est également l’autrice derrière le projet sexu Bravo Championne sur Instagram.

Annotations de cet article
  • Morag Bosom est chercheure et candidate au doctorat en sexologie. Son expérience en recherche l’a mené à travailler sur les questions des communautés LGBTQ+ en ligne, de la non-monogamie consensuelle et des expériences des personnes situées à l’intersection de la diversité sexuelle et de la diversité ethnoculturelle au Québec. Membre du Club Sexu depuis plus d’un an, elle aime beaucoup questionner les normes associées à la sexualité et contribuer à favoriser les discussions sur la sexualité sans tabou.