Oh, oh, on a oublié les condoms : comment avoir du sexe sans pénétration

Résumé

Qui a dit que le sexe devait absolument inclure de la pénétration? Il existe une tonne d’autres façons d’avoir du plaisir, tout en réduisant les risques d’ITSS. Pas de condom? Pas de problème!

Ta soirée avec ton crush s’est tellement bien passée; vous capotez.

Vous convenez de rentrer ensemble. Une fois à la maison, vous poursuivez le langoureux french entamé dans le taxi et commencez à vous déshabiller. Vos vêtements aussi entrelacés que vos langues recouvrent maintenant le plancher de la chambre. Vous rêviez de ça depuis le deuxième vodka soda.

Toujours plus de french, mains baladeuses, peau brûlante contre peau ardente : vos corps sont comme deux aimants embrasés. C’est chaud pas mal!

Les choses progressent (wink wink) et ça devient de plus en plus intéressant (wink wink wink). Vous ouvrez le premier tiroir de la table de chevet et… oh shit, plus de condom!

On fait quoi quand on veut du sexe, mais qu’on n’a pas de condom?

On le fait pareil?

Nommons l’éléphant dans la pièce : que celui ou celle qui n’a jamais cédé à la tentation nous jette la première bouteille de lube. On le sait, quand nos corps sont collés-collés, que l’excitation déborde de partout et que nos phéromones se mangeraient tout rond, il est parfois tentant de basculer du côté #YOLO de la force – même deux petites secondes – et de se dire qu’on assumera les conséquences plus tard. 

Sauf que si vous vivez un moment du type « Oui, mais je suis rentré·e juste un petit peu! », on vous conseille tout de même d’aller vous faire dépister. 

En effet, comme le fait valoir Morag Bosom, chercheuse et conceptrice de contenus sexologiques pour le Club Sexu, « se faire croire qu’on va juste se frotter et que ça ne rentrera pas, ça a été testé… et non approuvé! Il faut d’ailleurs se rappeler qu’il y a beaucoup d’infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) qui n’ont pas besoin de pénétration pour qu’il y ait transmission. »

C’est pourquoi, dans un moment où on n’a pas de condom, notre experte nous invite à faire preuve de créativité et à découvrir le monde du sexe non pénétratif!

Pas de condom? Pas de problème!

Et si on profitait de la « contrainte » créée par l’absence de condom pour ouvrir un nouvel éventail de possibilités sexus?

Parce qu’on va se le dire : dès qu’un pénis entre en scène, la pénétration est souvent l’une des premières pratiques qui nous vient en tête. Mais il y a tout un tas d’autres affaires à la fois le fun et plus sécuritaires qu’on peut explorer.

Ode au french

Pourquoi nos langues entremêlées ne deviendraient-elles pas le plat principal? « Le french est souvent considéré comme un avant-goût, avant de passer aux choses sérieuses, considère Morag Bosom. Pourtant, c’est une pratique qui a beaucoup de potentiel, surtout quand on lui donne toute la place. Ça peut être un très beau terrain de jeu. »

En effet, ça peut être très excitant de s’embrasser longtemps et de redonner ses lettres de noblesse au french kiss.

Bring up the dry humping

Le dry humping est une pratique qui consiste à frotter ses organes génitaux contre un objet, un oreiller par exemple, ou une autre personne, en conservant ses vêtements ou, du moins, ses sous-vêtements. 

En quoi est-ce attrayant? Premièrement, ça peut être vraiment excitant de caresser, d’explorer le corps de l’autre avec une certaine retenue.

De plus, comme les parties génitales ne sont jamais en contact « muqueuse à muqueuse », le risque de transmission d’ITSS est nul. 

« On le sait qu’en se frottant peau à peau, ça peut devenir chaud rapidement et, rendu·e·s à un certain stade, on ne peut plus se faire confiance, souligne Morag. Alors, garder ses vêtements ou ses sous-vêtements, ça limite la tentation quand on n’a pas de préservatif. »

Haut les mains (et les doigts)

Une bonne solution de rechange à la pénétration, c’est assurément l’usage des mains et des doigts. Masturbation avec ou sans lubrifiant, insertion de doigt(s) ou pas, massage interne et externe : on laisse nos mains se balader librement sur nos corps consentants.

« Là où je recommanderais d’être prudent·e, par contre, c’est lorsque l’on se masturbe soi-même après avoir touché les parties génitales de l’autre, et vice versa, rappelle la chercheuse. Le risque de transmission peut figurer dans l’échange de fluides, même via les doigts, à travers la création de microlésions. »

Regarde-moi (pas) dans les yeux

Et si notre chambre se transformait en scène de théâtre XXX?

Question de limiter les contacts et de maximiser la chaleur, on place la masturbation au centre du rapport. On regarde l’autre se masturber. On laisse notre crush nous regarder nous toucher. On se masturbe côte à côte, mais sans jamais se toucher mutuellement.

« Ça peut être très excitant d’observer la manière dont notre partenaire se touche, mentionne Morag.

Ça donne accès à quelque chose de très intime, en plus de fournir quelques tips and tricks sur comment la personne aime se toucher.

On peut même prendre des notes mentales pour le moment où ce sera notre tour. C’est une pratique qui est très sécuritaire, tant que nos mains restent chacune chez nous. »

À ce stade-ci, on peut même y aller full on en intégrant des sex toys. Et contrairement à ce que l’on vous a dit toute votre enfance : on ne partage pas ses jouets (dans le meilleur des mondes). Si on souhaite les échanger, on suggère au moins de les stériliser avant de se les passer.

Les règles du jeu

Qui dit « pas de condom » ne dit vraiment pas « soirée plate », vous commencez à le comprendre. Pourquoi ne pas emprunter quelques pratiques au soft BDSM? 

On bande les yeux de notre partenaire et on caresse son corps avec une plume. On laisse notre crush faire glisser un glaçon entre nos cuisses ou notre ventre. On joue avec des menottes, une corde de chanvre ou un petit fouet. On tease tout ce qu’il y a autour des organes génitaux sans jamais y toucher.

Morag propose même d’aller plus loin : « Si on instaure une dynamique de jeu, on peut vraiment pousser le concept de soft domination-soumission, en imposant à l’autre de garder une distance, de nous toucher seulement aux endroits permis, etc. En explorant ces codes, on sort de la génitalité et on crée une séance érotique complète axée sur autre chose que les organes génitaux. »

Et le sexe oral dans tout ça?

Vous vous demandez pourquoi on n’a pas encore parlé de sexe oral? C’est volontaire.

« Beaucoup de gens seraient tentés de pratiquer le sexe oral s’ils évitent la pénétration, mais ce n’est pas une solution totalement sécuritaire », signale Morag, en rappelant que plusieurs ITSS peuvent se frayer un chemin entre la bouche et les parties génitales.

« Remplacer la pénétration par le sexe oral dans le but de se protéger d’une ITSS potentielle, ce n’est pas une solution dépourvue de risques pour toutes les ITSS. »

Écouter de la porno audio, regarder une vidéo érotique ensemble, faire du dirty talk : les solutions de rechange à la pénétration sont multiples et ne connaissent que les limites de votre imagination. 

Dans le fond, une boîte de condom vide n’a pas à signer la fin de la soirée ni un malaise. Au contraire, cet imprévu peut devenir le point de départ d’une série d’explorations qui vous donneront peut-être de belles idées pour des nuits futures.

P.S. Et si vous tenez absolument à inclure une pénétration – tout en restant responsables – rien ne vous empêche de faire un saut au dépanneur ou à la pharmacie, si c’est encore ouvert. En chemin, on se tease, on dirty talk discrètement, afin de maintenir la braise bien chaude. 

Et pour les plus prévoyant·e·s, pourquoi ne pas commander des condoms en avance, question de toujours avoir un petit stock à portée de main? Parce que comme le disent nos ami·e·s – et partenaires du Dépistafest 2024 – chez Slipp, safe sex is self-care. 

  • Holway, G. V. et Hernandez, S. M. (2018). Oral sex and condom use in a US national sample of adolescents and young adults. Journal of Adolescent Health, 62(4), 402-410. https://doi.org/10.1016/j.jadohealth.2017.08.022

    Strome, A., Waselewski, M. et Chang, T. (2022). Youths’ knowledge and perceptions of health risks associated with unprotected oral sex. The Annals of Family Medicine, 20(1), 72-76. https://doi.org/10.1370/afm.2761